‹ La liberté et le devoirChapitre 131 sur 205 · II. LK DKVOIH. — I.A LOI MOBALF · texte numérisé non relu

II. LK DKVOIH. — I.A LOI MOBALF

âmes inrnortelles, et parlant à l'ordre naturel posé et voulu par Dieu lui-mênie (1).

Sans doute, dans réternité, où, faute de liberté, l'amendement du pécheur devient impossible, le caractère médicinal de la peine aura cessé, mais là ne se trouve pas sa raison d'être principale et essentielle, qui est dans la satisfaction aux droits de la justice. De même que celui qui a volé le bien d'autriii est tenu de restituer une somme équivalente; ainsi celui qui a pris un plaisir défendu doit être puni par une douleur équivalente, sinon la défense de ce plaisir ne serait pas une défense sérieuse et efficace, puisqu'on la violerait impunément. Dieu le doit à sa sagesse de législateur non moins qu'à sa justice (2).

Il y a donc une récompense assurée pour les bons, un châtiment certain pour les méchants, et celte sanction est essentielle et immuable pour Téternité.

Cependant, dès cette vie, nous croyons que, dans sancuon

^ Il •!. lerresire.

un très grand nombre de cas, la loi naturelle reçoit un commencement de sanction. La loi est, en elFet, portée pour le bien de tous et de chacun, in homim commune, et non seulement pour leur bien éternel, mais encore pour leur bien terrestre, et il ne faudrait pas laisser croire que la vertu n'est pas le principal élément de bonheur sur la terre, voire même de bienêtre matériel, soit pour les individus, soit pour les familles, soit pour les sociétés, suivant le mot de S. Paul : € pietas ad omnia utilis est ».

(I) s. Thomas, !• 2a!. q. 67, a. 4.— Conlra Gent., liv. III. ch. 140-146.

(8j « Ad perfectain D.'i bonitatem pertinet, quod nil inordinatum in rébus relinquat... Siib ordine (anteiii) justitia\ quœ ad ;oqualitalem reducit, comprelieiiduntur ea, quie debitam (|uaiililatem excedunt : excedit autein homo debilum suœ quantiiatin graduui, duin volunlatem suani divina; voluntati prsefert, satisfaciemio ei contra ordinem Dei ; qiiae qiiidem i)iœ(jU(ilias loUilnr,dn\u conlra voluiitateni suam homo aliqnid pâli cogitur secundum ordinem. » S. Thomas, Coittra Gent., liv. III, ch. l'iO; — l- >>, q. 87, a. 1.

Les anciens moralistes ont peut-être trop flatté le portrait de ce monde, en nous montrant invariablement, au 5® acte, la vertu finalement récompensée et le crime puni, grâce à des interventions sensibles de la Providence, un peu trop anthropomorphiques.Mais il ne faudrait pas tomber dans l'excès contraire, et dire avec Renan que « en général, l'homme est puni de ce qu'il fait de bien, et récompensé de ce qu'il fait de mal (1) ». Nous croyons, au contraire, que les triomphes de la fourberie, de Tastcice et du crime, outre qu'ils ne sont pas des tahleaux moralisateurs, sont des cas plutôt exceptionnels et non la règle générale, sanrtions Quoi qu'll BU. solt, CCS sauctious terrestres de la bonne 011 de la mauvaise conscience, des succès et des revers temporels, de l'honneur et du déshonneur dans l'opinion publique, on des récompenses et des châtiments par les tribunaux civils, sont assurément des sanctions trop insultisantes pour dispenser de la justice éternelle.

Tout le monde en convient depuis longtemps; et cette démonstration banale nous paraît inutile pour nos lecteurs. Aussi ne la recommencerons-nous pas. Il est trop évident (|ue la santé, les richesses et les honneus, les événements heureux et malheureux de cette vie, ne sont point distribués aux hommes en raison de leur moralité. Les biens et les maux physiijues sont aussi souvent des épreuves (jue des récompenses ou des châtiments. Il est clair aussi que l'aiguillon vengeur du remords de consciencenechàlie pas toujours le crime dans la proportion oîi il le mérite ; que les tribunaux de l'opinion publique ou ceux de la justice sociale sont des justiciers trop peu impartiaux ou trop peu infaillibles, pour qu'ils puissent accomplir ici-bas toute justice.

(1) l'.onan, Hisloire dJt peii]>Ie d'Israël.

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