II. I.K DEVOIK. — LA LOI MoRALK
plus l'intention de compter sur la conscience de ses sujets: ce ({iii assurément n'est pas un progrès moral.
Après avoir dit comment les lois justes commencent, on pourrait ajouter coiiimenl elles Unissent, ou comment elles sont partiellement suspendues. Nous nous bornerons sur ce sujet à de simples indications.
Pour les lois naturelles, puisqu'elles sont fondées sur les essences immuables des choses, il est clair qu'elles ne peuvent jamais cesser ni être suspendues. Gicéron le proclamait dans ce magnifique passage de la République, que nous a conservé Lactance, et qui est devenu classique : «C'est une loi intangible, disait-il, à laquelle on ne peut déroger, et qu'on ne peut abroger. Ni le Sénat ni le peuple ne peuvent nous dispenser de lui obéir... Elle ne peut varier suivant les lieux, à Athènes, ou à Rome, ni suivant les temps, aujourd'hui et plus tard; elle demeure une, éternelle, immuable, embrassant tous les peuples et tous les siècles... Celui qui lui manque d'obéissance se nuit à lui-même, et, défigurant en lui la nature humaine, il s'expose aux plus grands malheurs, alors même qu'il échapperait aux autres peines que l'on croit à venir (1). >
(1) « Huic letji iiec abrogari fus est, neqiie derogari ex hâc aliquid licel, neque tota abrogari potest ; nec vero per Senatum aut per poluliun solvi hac Icge possunuis ; neque est quœrendus explanator aut interpres ejus alius ; nec erit alla lex Romœ, alla Athenis, alla nunc, alla posthac, sed et onines gentes et onini tempore. una lex et sempiterna et iminutabilis coiiliiiebit, unusque eril coninuuiis quasi niagister et iinperalor ouiniuMi Ueus ; ille legis hiijus invenior, disceplator, lator; cui qui non pirebit, ipse se fugiel ac naturani hominis asperuatus hoc ipso Uiel maxinias pœuas, etiainsi cajt-ra supplicia, quae putantur, ellugerit. » Tullius, De Republica, liv. III, apud Lactantium, Inst. VI, 8.
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saiion des
lois.
IinpoSMbles pour les lois naturelles.
Du reste, par qui pourrait-elle être supprimée ou suspendue ? Il n'y a pas d'autorité supérieure à la loi naturelle, et Dieu lui même ne peut faire que ce qui est par essence un mal, comme le mensonge, devienne un bien. Cependant, si Ton prenait les mots de dispense ou de dérogation, dans un sens très large, pour exprimer une dispense ou une dérogation purement apparente, il en serait toutautrement. Ainsi, quoique le vol et l'homicide ne puissent jamais cesser d'être un mal, Dieu, grâce à son souverain domaine sur la vie et les biens de ce monde, peut changer les circonstances et la nature de ces actes. S'il ordonne aux Hébreux de prendre les vases d'or des Egyptiens, ce n'est plus un vol, et s'il ordonne le sacrifice d'Isaac, ce n'est plus un homicide qu'en apparence, comme les Théologiens l'ont expliqué plus longuement. Possibles Toutes les lois positives, au contraire, soit divines ''ToV* soit humaines, dépendent dans leur durée de la voposiives. iQjjfg ç}^ Jggjgl^^^Q^p^ q^i ^ pu porter sa loi pour un
temps seulement, ou qui peut Tabroger lorsqu'elle n'est plus utile à son but; qui peut aussi en accorder dispense, dans des cas particuliers, lorsque le bien public semble le réclamer, ou tout au moins le permettre sans inconvénient.
Bien plus, sans aucune intervention explicite delà volonté du législateur, la loi peut être suspendue et même cesser complètement.
Elle cesse complètement, lorsqu'elle n'a plus de raison d'être, les circonstances qui Tavaient occasionnée ayant changé. Ainsi une loi d'exception, portée uniquement pour le temps de la guerre, cesse d'ellemême avec la paix rétablie.
La Elle cesse encore par la coutume contraire, lorsque
coutume. <. . n • ^ \ ^ • 1
cette coutume a uni a la longue par prescrire, du consentement tacite du législateur. Il est à présumer,