LK DKVOIH. — LE BIEN ET LE MAL MOKAL :2H
culte public à Dieu, ou l)ien {lour faire p«Miitonce. Ces jouis ne sont pas saints par eux-nièrues, mais par la volonté du législateur ou les coutumes légales des peuples.
Aussi bien ces préceptes-là ne sont-ils pas en question. Il s'agit seulement des choses déclarées bonnes ou mauvaises par la loi naturelle. Le mensonge, le pMijure, rhomicide, l'adultère sont-ils manv.iis uniqucnienl parce que I )ieu les (h'fend, ou bien la sagesse divine ne les défend-i'll.Mjueparce{iu'ils sont contraires à la nature et à l'ordre nièine des choses?
Aristote lui-même n'hésite pas à se ranger à la se- N>«''e conde opinion, qu il estime être seule conforme au témoignage de la conscience et au sens commun de tous les hommes. < Toutes les actions ou tous les sentiments, dit-il, n'admettent pas une modération permise. Il y a, en elfet, des sentiments dont le seul nom implique une répugnance absolue, comme la malveillance, la joie du malheur des autres, l'impudence, l'envie, et aussi d'autres actions comme le vol, l'adultère, l'homicide. Toutes ces choses, et d'autres du même genre, ne sont pas défendues à cause d'un man(|ue de mesure par excès ou par défaut, mais parce qu'elles sont mauvaises en elles-mêmes, en sorte qu'en les voulant il est impossible de faire une bonne action, et (jue l'on pèche toujours nécessairement (Ti. > Il y a donc des actions nécessairement bonnes ou mauvai>es en elles-mêmes, et qui ne sauiaient être indillérentes.
(1) « Veniin non oninis ar.tio nec omnis alTectus niedietatem admitlit. Nonniilli enini siiiit alfecliis. quorum vel ipsa nomina pravitalem gibi implicatam liahent, ut nialevoleiitia Iretans de alieno malo. impudentia, invidetilia ; et simililni- aciionos, adulleriiim, liomicidiiim. Hœ-; eiiini omnia et qn;i: sunt hiijns generir^ reprt'hendiintur, non quoi connu iinniodHraliones aut delicientiœ, sed qiiod ipsa matit siint •. ut 'lullo modo possit quispiam in ipsls reclc agere, sed peccare semper necesse est. » Anatole, E(/i. Xir.. liv. II. rh. (i, §18(Didot).
Une persuasion si universelle de tous les hommes
que Fespiit de sj'stème n'égare pas, et d'ailleurs si
évidente pour nos consciences, doit avoir une raison
d'être et un fondement qu'il nous faut découvrir.
N««on» Pour cela, commençons par rappeler quelques no-
naires. tious oréuérales sur la nature du vrai et du bien. Le
Défini- "^
tiens, •yrrti est l'objet de l'intelligence; le ^f^^.l'objet delà tendance appétitive ou de la volonté. Le vrai est une qualité transcendante qui rend l'être cognoscible ou intelligible; le bon est une qualité qui rend l'être désirable, < quidquid appeti poiest (i) », par ce qu'il peut apporter un complément ou une perfection à l'être qui le désire. S'il n'est pas désiré pour lui-même et comme fin, mais seulement comme moyen d'atteindre une fin, ce bien s'appelle simplement utile. Ainsi un remède n'est pas désirable en lui-même, mais comme utile à la santé. Il y a aussi diverses espèces de biens désirables : je puis désirer la santé qui fait du bien à ma vie physique, ou le plaisir sensible qui délecte mes sens, ou le devoir qui satisfait ma raison amie de l'ordre. Le premier est un bien physique, le second un bien sensible, le troisième un bien moral ou bien honnête, seul l'objet direct de la science morale. On le définit : cette qualité des actions humaines qui les rend conformes à l'ordre raisonnable, et partant dignes d'être voulues par un être raisonnable.Le mal moral, au contraire, est ce défaut des actions humaines qui les rend contraires à l'ordre raisonnable, et partant indignes d'être voulues (2). Ce court exposé peut suffire pour montrer la difFé-
(1) Cf. S.Thomas, la. q.5, a, 4 ; la 2*, q. 8, a. 1.— Contra Gent., liv. in, cb. 3. 7, 10, etc.
(2) Le mal en ^{énéral, pour S.Tliomas, n'est que la privation de la qualité qui devrait rendre l'être bon. « Malum niliil aliud est, quam privatio eju^, quod quis natus est et débet habere. » Contra Gent., liv. m, ch. 7