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Sans doiile, Dieu peut cliaiiger les lois positives, très librement, suivant les temps et les lieux, comme il l'a fait [)ai l'Ancien et le Nouveau Testament ; mais, les lois ai)solues, découlant de la nature ou de l'essence même des choses, sont immuables comme ses essences. Le bien et le mal naturel ou essentiel ne dépendent donc nullement de la volonté libre de Dieu, et ne dépendent ({u'indirectemenl de sa volonté nécessaire, laquelle toujours sage et raisonnable se règle toujours sur sa Raison. C'est donc, en dernière analyse, la Raison absolue de Dieu, et par participation c'est la raison humaine, — (juand elle est conforme et soumise à la Raison divine, — qui est la règle absolue du bien et du mal.
On voit, une fois de plus, combien nous sommes Pas loin d'admettre en morale, l'autonomie de la raison «otmede
la
humaine. Ou peut dire, sans doute, que l'homme jiorte raison. 6)1 lui-même sa loi, qu'elle est dans sa propre raison, mais ce n'est pas lui qui fait cette loi. pas plus qu'il ne fait la vérité ; il la découvre seulement par sa raison et la proclame existante, bien loin de lui donner l'existence. Aussi serait-il encore plus exact de dire qu'il la trouve hors de lui-même, en se sens qu'elle vient de plus haut, et qu'il doit souvent pour entendre sa voix, faire taire ses inclinations, ses préférences plus ou moins injustes, s'ad'ranchir de ses préjugés,et se laisser conduire par cette lumière objective, indépendante de son esprit, qui rayonne de la nature même des choses et s'impose à sa raison. En proclamant le bien et le mal, la raison ne fait donc pas acte d'autorité, mais de soumission à la lumière absolue. Elle n'est pas autonome et maîtresse, mais nécessitée et soumise.
Si ce n'est même pas la volonté divine qui est le dernier pourquoi du bien et du mal, à plus forte rai-
son n'est-ce pas la volonté humaine des législateurs, ni l'usage et l'opinion des peuples, seraient-ils unanimes. Si les législateurs, les mœurs publiques, les usages, l'opinion des peuples les plus divers s'accordent parfois à approuver certains actes tels que la fidélité à sa parole, la bienfaisance, le dévouement, ou bien à en proscrire d'autres comme la perfidie, la lâcheté ou l'homicide, leur accord vient assurément de ce qu'ils ont consulté les mêmes lumières de la raison, et reconnu ses lois essentielles. Mais cet accord des législateurs, des coutumes et de l'opinion générale, ne saurait être qu'une règle secondaire, qu'il appartient à la raison de contrôler. Bien que la raison individuelle doive se défier d'elle-même et se laisser contrôler par la raison commune, elle a le droit de réformer les préjugés des peuples, les opinions des foules, et de faire appel au tribunal suprême de l'évidence.
Formule Gherchous donc, pour nous résumer, une formule du bien^. générale qui puisse exprimer la nature du bien ou du mal moral, avec son caractère absolu, tel que nous venons de le décrire.
Le bien, pour Aristote, sera « V activité conforme à la 7'aison, rendant l'homme semblable à Dieu (1) >. La béatitude, ajoute-t-il ailleurs, sera le fruit de cette « activité >, parce que < c'est dans l'action que semble consister le bien-être et le bonheur ; le plaisir... est un surcroît à l'activité (conforme à la nature) qui n'y manque jamais; c'est une dernière perfection qui s'y ajoute, comme la jeunesse à sa fleur (2). > Et voilà
(1) "fjyjfii; èvépyeiu xarà ).ôyov. . . ôpioiw|xâ zi t?,; toiuvtyiç £vepy£ia.q(Beov). Arist., E'ih. Nie, liv. X, ch. 8, §8 (Didot).
(2) Aristote, lith. Nie, liv. X, ch. 4, §8 (Didot).