II. I.R ItKVOlR. - LK HIK.N ET LK MAL MORAL 2'J
pourquoi Aristote a voulu ajouter le mot d'activité à sa formule, d'ailleurs excellente. D'autre part, la conformité à la raison humaine n'aurait pas suffi à indiquer le caractère absolu du bien, et c'est pour cela qu'il ajoute la « ressemblance avec Dieu », c'est-à-dire avec la raison divine, (jui seule est absolue.
Déjà Platon avait établi le même principe, à peu près dans les mêmes lerines. Pour lui, le bien est « tout ce qui rend V Itomme semblable àDiev . seul bien absolu^ et le mal, tout ce qui le vend dissemblable » (Ij.
S. Thomas et les philosophes chrétiens n'auront pas à inventer d'autres formules, mais seulement à les mettre en lumière et à les enrichir de leurs profonds commentaires. Sous des formes variées, ils s'accordent tous à dire que l'action bonne est celle qui, étant coufo^-me à la raison divine, nous donne avec Dieu tine 7'essemb lance, qui nous prépare à l'union bienheureuse', — mauvaise celle qui nous détourne de cette ressemblance. Ou plus brièvement: le bien c'est la conformité avec la volonté de Dieu, ou 'àwec la sagesse de Dieu: ce qui pratiquement revient au même. Le divin Maître lui-même a donné à ces formules la sanction de son autorité, lorsqu'il a dit : Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. Cet idéal absolu du souverain bien, demeure l'idéal le plus élevé qui puisse être proposé à l'homme, le dernier mot de la philosophie morale.
Inutile de montrer longuement combien cet idéal plane au-dessus de toutes les morales sensualistes, utilitaires ou stoïques.
Les sensualistes et les Epicuriens de tous les àgres f»""»'" ont grossièrement confondu le bien moral avec le 'i';.'"'.^*' plaisir des sens. L'homme est ainsi dégradé et réduit ^' ""'
(n Platon (Ed. Siepbâu), Respubl., M, 505, a. sq. ; Philebus. p.2:i ; l'rolagor., etc.
aux sens et à la matière. Il doit vivre comme sMl n'était qu'un pur animal.
Les philosophes utilitaires, qu'ils aient pour idéal, soit Tutilité individuelle, — ce qui est un pur égoïsme; soit l'utilité sociale, — ce qui est assurément moins grossier, — confondent l'utile avec le bien, malgré la différence essentielle de ces deux notions. Leur idéal ne renferme donc pas un atome de moralité, et il est en opposition avec la raison, qui nous ordonne par-dessus tout d'être raisonnables, et de ne rechercher l'utile que lorsqu'il est raisonnable.
Les stoïques, au contraire, pleins de dédain pour toutes les formules sensualistes ou utilitaires, visent à un désintéressement absolu. Pour eux, la recherche du sensible ou de l'utile est toujours mauvaise, le désir même du bonheur éternel ou la crainte de Tenfer, sanctions naturelles du bien et du mal, sont interdits comme absolument mauvais. Le bien c'est « le devoir pour le devoir ». Mais cet idéal est excessif et déraisonnable ; l'homme n'est pas un pur esprit et ne doit « faire ni l'ange ni la bête ». Puisqu'il a des facultés sensibles, qui ont besoin de l'utile, comme du bonheur, c'est pour les satisfaire dans la mesure où c'est raisonnable. Du reste les facultés inférieures, comme la sensibilité, bien dirigées, peuvent l'aider puissamment à bien vivre et lui donner un élan généreux pour le bien. Il doit donc tendre au bien, comme au vrai,partoutes ses facultés et toiiteson âme:
Ainsi la véritable morale, loin de mutiler l'homme, veut qu'il se développe dans son intégrité naturelle, en poursuivant comme idéal du souverain bien, Tordre naturel que proclame la raison, écho de la raison absolue et de la sagesse divine.