‹ La liberté et le devoirChapitre 140 sur 205 · II. LK DKVOIK. - LE BIEN ET I.E MAL MORAL · texte numérisé non relu

II. LK DKVOIK. - LE BIEN ET I.E MAL MORAL

La notion du bien moral peut nous conduire faci- ^j'^^. lement à cellu de la beauté morale. La beauté est """••'•• quelque chose de plus que la seule bonté, elle en est comme 1h fleur et le rayonnement.

Accomplir un devoir facile et vul;,'aire, c'est bien, mais c'est un bien qui n'a rien de bien beau. P^ncore moins belle serait une action encore plus vulgaire et simplementpermise. Accomplir, au contraire, de grand cœur, un devoir très difficile, peut être héroïque : tomber au champ d'honneur en défendant la Patrie, c'est beau ! Enfin, se dévouer, sans qu'aucun devoir l'impose, au service des humbles et des déshérités de ce monde, comme la sœur de charité, afl'ronter la mort comme elle, et donner sa vie en relevant les blessés sur le champ de bataille, c'est encore plus héroï(iue et plus beau !

Que faut-il donc pour que le bien devienne beau ? Il faut quelque chose d'analogue à ce qui rend la vérité rayonnante et belle. Il faut non seulement que tous les éléments requis soient au complet et dans l'ordre, mais encore que cette plénitude d'être et cette harmonie des parties, soit portée à un degré qui resplendisse avec assez d'éclat pour nous charmer (1). Certes, cette beauté morale est elle-même un bien, puisqu'elle est l'épanouissement suprême et parfois sublime du bien, et partant souverainement désirable (2). C'est la perfection môme du bien.

(1) D'après S. Thomas, trois éléments sont requis pour la beauté : l» l'intégrité; des parties ; 2° leur proportion harmonieuse ; 3° la splendeur do la forme (Voy. dans notre Manuel, l'Ontologie, liv. 2, sect. 2, ch. 2).

(2) « Pulchritudo non habet rationepi appetibilis, nisi in quantum inducit rationem boni ; sic enim et verum appelibile est. » — « De ratione boni est, quod in eo quietelur appetilus ; sed ad rationem

Point de D'où l'on peut conclure au rôle capital que doit

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ihéiique jouer l'attrait de la beauté morale, non seulement

de la "^ '

morale, (laus la morale chrétienne, où cet amour désintéressé du beau se confond avec le pur amour de Dieu, mais jusque dans la morale païenne d'Aristote et des Grecs. Ge rôle est double, en effet.

D'abord, il augmente puissamment la force du devoir obligatoire, en lui donnant un attrait et des charmes qui transfigurent ses rigueurs et ses austérités. La mort elle-même et le martyre, que le devoir impose, deviennent aimables et séduisants, car il est beau de mourir ainsi : y.alov 'ivey.oc ànoSvrjTéov (1).

Ensuite, bien au-dessus du devoir strictement requis, se développe la sphère supérieure de la perfection morale, qui n'est plus obligatoire, et où l'amour de la beauté morale peut seul nous introduire et nous élever de plus en plus. Impossible à la morale de se passer de ces régions supérieures de la vertu parfaite, où aspire et où vit la meilleure et la plus noble partie de Thumanité; impossible de l'y conduire et de l'y maintenir, sans les lumières et le feu sacré qu'allument dans les âmes, la contemplation et l'amour de la beauté morale.

On a dit que les artistes et les saints mystiques étaient frères ; on peut ajouter qu'ils se complètent, et que si le sens du devoir est la base, le sens de la beauté morale est l'achèvement et le faîte de la vie comme de la science morale, qui sans ce caractère esthétique serait découronnée et amoindrie (2).

pulchri pertiiiet, quod in ejus adspectu seu cognitione quietetur appetitas...Et sic patet, quod pulchriim addit supra bonuni quemdam ordiiiem ad vim cognoscitivam, ita quod bonum dicatur id, quod sinipliciler complacet appetitui, pulchrum autem dicatur id, cujus apprehensio placet. » S. Thomas, in 1 Sent., dist. cJl, q, 2, a. 1, ad 4 ; 1' 2», q. 27, a. 1, ad 3 ; 2" 2», q. 145, a. 2, etc.

(1) Aristote, fJ//i. Nie, liv. li[, cli. 9, § 5.

(2) Voir la uole sur l'Idée du devoir dans la Morale esthétique d'Ariistole, p. H-'il et suiv.

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