V. Les Morales indépendantes
Quatre étapes de la libre-pensée.
1° Morale indépendante de toute idée métaphysique.
a) Pourquoi la morale ne peut s'en passer, alors que d'autres sciences le pourraient. 6) Morale psychologique de Vacherot. Elle est doublée de métaphysique.
c) Morale de la solidarité de Secrétan et Ma-
rio n .
d) Les morales sentimentales de la pitié, de
la sympathie, par Tolstoï, P. Desjardins, etc.
e) La morale esthétique de Ravaisson. L'a-
mour du beau ne peut remplacer l'amour du bien.
2" Morale indépendante de l'idée de Dieu .... 47i a) Sans Dieu, pas de devoir obligatoire. Distinction du fait et du droit.
h] Sans Dieu pas de sanction. Sa nécessité.
— lu —
Est-elle inconciliable avec une morale désintéressée ?
c) Le culte de l'honneur d'après A. de Vigny et Prévost-Paradol.Il ne peut remplacer l'idée de Dieu.
3o Morale indépendante de l'idée de Devoir .... 492
a) Les cinq « équivalents du devoir » par
M. Guyau.
b) Analyse et critique. Faillite des morales
« scientifiques >.
4» Morale indépendante de l'idée religieuse et chrétienne 506
a< Juste autonomie de la Piiilosophie morale proclamée par la Religion elle-même.
b; Insuffisance théorique et pratique des morales séparées. Leçons de l'histoire ancienne et contemporaine.
c) Supériorité des préceptes de la Religion
chrétienne. Leur efficacité pratique incomparable.
d) Récents aveux des libres-penseurs. Union
de la Morale et de la Religion. « Le.-? deux alliées immortelles ».
La Morale est la partie de la philosopliie qui a le Le re-
^ X 1 1 nouveau
plus vivement suscité l'activité des esprits contein- ''eia
' '■ Uorale.
porains. si l'on en juge par le nombre surprenant et la variété des travaux publiés sur ce sujet, dans la dernière moitié du XIX' siècle; et ce mouvement, loin de se ralentir, semble vouloir s'accentuer encore avec le siècle qui commence.
Les moralistes sont devenus léf]rion, tandis que se»
«^ ' ^ causes :
les métaphysiciens demeurent toujours rares. Il est en efîet relativement aisé d'entendre la morale et de se croire appelé à la vocation de moraliste, voire même de réformateur de la morale. La métaphysique, au contraire, est beaucoup plus ardue: il sera toujours moins facile d'en éclairer les profondeurs que de la railler avec esprit. (Cependant là n'est pas la raison adéquate de cette surabondance de publications sur la morale. En voici deux autres causes, ce nous semble, plus dignes de remarque : une crise sociale qui se prépare, et une crise intellectuelle qui se termine.
Les questions sociales sont à l'ordre du jour. Bon ^^^"ll^ gré, mal gré, elles s'imposent à tous les esprits ré- p'^p"'fléchis. Jamais peut-être, dans tout le cours de l'histoire, l'ordre social n'a été si violemment attaqué dans ses fondements les plus essentiels. Or ces fondements reposent sur les principes de la morale. Il n'est donc pas étonnant qu'en obéissant à un besoin, soit ins-
tinctif, soit réfléchi, de conservation sociale, de nombreux écrivains soient accourus sur la brèche pour défendre les bases morales chancelantes de la société contemporaine/et repousser les assauts furieux de l'ennemi.
Mais il est une autre cause non moins puissante, croyons-nous, et non moins curieuse et instructive, du mouvement intellectuel dont nous parlons. L'ne crise Lgs phllosophcs coutcmporalns, ayant abandonné termine. Ics scutlers explorés de la métaphysique traditionnelle et objective d'Aristote et de S. Thomas, pour s'engager dans les voies nouvelles de Kant et du scepticisme subjectiviste,ont bientôt éprouvé leur impuissance à rien construire de solide dans le domaine de la philosophie spéculative. Ne pouvant se résigner à ce lamentable échec, ni avouer leur impuissance, ils ont évolué sur un autre terrain qui leur paraissait plus favorable : celui delà philosophie morale.
Du reste, cette évolution s'imposait. Pourrait-on s'abstenir de penser, il faut de toute nécessité vivre et agir. Le besoin de vivre ne se discute pas. Il faut donc trouver une science de l'action et de la vie, une science morale, alors même qu'il n'y aurait plus de science spéculative pour la pensée. C'est ainsi qu'après avoir ébranlé ou ruiné la raison pure, ils ont espéré se dédommager dans le domaine de la raison pratique. Plusieurs même ont espéré y trouver un point d'appui nouveau, inattendu, pour réédifier, au moins en partie, la science spéculative si imprudemment détruite.
Quoi qu'il en soit, tous étaient d'accord pour orienter désormais les esprits vers les recherches morales, avec d'autant plus d'ardeur qu'ils avaient discrédité et fermé avec plus de soin l'accès de tous les autres domaines de la pensée spéculative.
LA LIBF.RTK KT LE DEVOIH 19
Il serait ici prématuré de dire si cette conception d'une morale sans base métaphysique, ne serait pas elle-même ruineuse, et si l'orientalion de l'action humaine est possible sans l'orientation préalable de la pensée spéculative, en d'autres termes, s'il est possible d'élever une science pratique sans les principes et les raisonnements d'une science théorique. Bonions-nous, pour le moment, à constater le fait contemi)orain qui a donné un si grand essor aux sciences morales : le besoin d'agir et de vivre devenu d'autant plus impérieux dans l'âme humaine, qu'elle s'est crue plus impuissante à satisfaire son besoin de penser et de savoir. Puisqu'on ne peut supprimer à la fois dans une àme la vie spéculative et la vie pratique, — ce serait le nihilisme et la mort, — il est clair que les forces non utilisées par l'une de ces deux vies, seront des forces disponibles au profit et à l'accroissement de l'autre.
Cette multitude de nouvelles publications sur la omoiiu-
. uile
morale, loin de nous faire considérer comme inutile Joce
. ,., travail.
et superflu le présent ouvrage, nous a fait croire qu il serait au contraire plus opportun que jamais. On n'est pas médiocrement surpris et attristé, en ell'et, confessons-le simplement, en voyant la confusion et parfois l'anarchie des idées morales, — suite logique et nécessaire de l'absence d'idées métaphysiques, — qui régnent dans la plupart de ces publications.
Sans vouloir en rien diminuer la valeur des recherches souvent très érudites, et des conceptions parfois élevées et originales que l'on y rencontre çà et là, nous croyons que ces travaux auraient beaucoup gagné à être orientés par des études préalables, soit de la métaphysique, soit de la morale traditionnelle. Leurs principes, toujours anciens et toujours nouveaux, comme la Vérité éternelle, sont le phare lumi-
nenx qui doit éclairer le moraliste, et le guider à travers les écueils innombrables où tant d'autres barques ont péri dans de téméraires aventures. Plan de G'est à la lumière de ces principes que nous vouoLMage. ^^..Qj^g étudier les deux fondements essentiels de la science morale : la Liberté et le Devoir, principe régulateur de la Liberté. Nous verrons ensuite, dans une troisième partie, s'il est possible d'édifier une morale sérieuse hors de ces bases, comme l'ont imaginé des novateurs, plus brillants que solides, rêvant une morale sans liberté, sans obligation ni sanction, c'est-à-dire une contrefaçon de morale qui n'en serait qu'un vain simulacre sans force et sans vertu.
Mais avant de réfuter ces erreurs pernicieuses, avec tout le soin qu elles méritent^ nous commencerons par étudier la doctrine même de la Liberté et du Devoir, et par vérifier la manière dont ces deux fondements soutiennent l'édifice grandiose de la Morale traditionnelle.
A" La bienveillance assurée de nos lecteurs, déjà démontrée par les six éditions écoulées de nos précédentes Etndes philosophiques, nous aidera puissamment dans cette longue et laborieuse entreprise. Après six années d'interruption et d'attente, que nous a imposées l'obéissance à de nouveaux devoirs d'état, puissions-nous les dédommager un peu, ou du moins ne pas être trop au-dessous de ce qu'ils ont droit d'attendre de nous ! Nous le demandons humblement à Tassistance divine.
PRRMiftRE PAUTIE