SON EXISTENCE — SA NATURE
Le problème de la liberté humaine a revêtu deux oeuxpro. aspects très différents, qui ont 1 un et 1 autre vivement ^^^i* agité les esprits depuis plus d'un siècle. Tandis que les philosophes et les savants attaquaient avec une espèce d'acharnement l'existence même de cette puissance maîtresse, apanage de l'animal raisonnable, les hommes politiques et les légistes, par un contraste digne de remarque, réclamaient avec non moins de passion, le droit à son libre épanouissement, à ses manifestations sans entrave et sans limite, à l'extérieur. C'est même sur la liberté et la souveraineté du peuple, que la Constituante et les disciples de Jean- Jacques Rousseau, fondaient tout le droit nouveau, social et politique.
Et ce qui ne manque pas de surprendre, ces philoso- ^^j^;^»^.^ phes et ces politiciens étaient souvent les mêmeshommes, disciples des mêmes écoles, qui se déclaraient tour à tour les adversaires convaincus etles protecteurs nés de la liberté, ses négateurs dans le for interne, ses adorateurs dans le for externe. Cependant, si la liberté intérieure n'existe pas, comment l'ériger en idole publique, comment réclamer même qu'on la respecte ? Rien de moins logique. Si la volonté de l'homme est fatalement emportée par le torrent de ses inclinations,
connexilc
bornera
au premier
ne devrait-on pas au contraire s'appliquer à l'endiguer étroitement, pour qu'elle ne laisse couler que des eaux paisibles ou salutaires, et jamais des ondes turbulentes et dévastatrices? On se Le lecteur a déjà saisi la connexité de deux questions fort différentes, également soulevées par le problème de la Liberté, suivant qu'on l'envisage dans sa racine intérieure et psychologique, ou dans ses manifestations extérieures et politiques. Deux questions également graves et intéressantes, mais dont la première rentre seule dans le cadre de ce volume. Sa Du reste, la question de la liberté psychologique
"ÏJSîe. ou du libre arbitre est assez complexe par elle-même et assez difficile, pour suffire à notre tâche. Un philosophe contemporain l'a plaisamment surnommée < la serrure embrouillée de la métaphysique», et il n'a pas eu tort. Depuis si longtemps qu'ils s'exercent ou qu'ils s'acharnent à l'ouvrir, — et surtout à la fermer, — avec les clefs les plus invraisemblables et les plus fausses, — moralistes, physiologistes, psychologues, historiens, statisticiens, légistes, criminologistes, mathématiciens, mécaniciens, physiciens et tant d'autres..., il n'est pas étonnant que l'antique serrure, d'une constitution naturelle si complexe et si délicate, ait fini, par se fausser un peu entre leurs mains maladroites ou malveillantes, au point de paraître aujourd'hui refuser tout service, et n'être plus bonne qu'à l'ornement d'un musée préhistorique. Récents Au millcu de ce discrédit général, des essais de resde'* tauration ont été tentés par de récents écrivains, qui ont bien mérité de la philosophie spiritualiste. Ils ont vengé le dogme de la liberté humaine nié ou méconnu, ont relevé les attaques injustes ou sophistiques, démasqué les prétentions impuissantes d'une fausse
estais
de
solution
I, LA LiBEini: : son existknce, sa natlhe 23
science, et l'histoire de la philosophie mentionnera avec reconnaissance leurs utiles travaux.
Malheureusementces philosophes spiritualistesont plutôt réfuté les erreurs des divers systèmes déterministes, (jue solidement édifié le dogme de la liberté. Ils n'ont môme pu s'entendre sur la valeur des principaux arguments, notamment celui du témoignage de la conscience que i)lnsieurs ont maladroitement lâché. Quant à l'explication de la nature de la liberté, le désaccord est encore plus profond ; ils ne s'entendent à peu près que pour la déclarer complètement mystérieuse et inexplicable.
Peut-être même qu'en serrant de plus prés la notion qu'ils nous donnent de la liberté, il ne serait pas trop difficile d'en faire jaillir des éléments plus que mystérieux, mais véritablement contradictoires.
Ces essais nous semblent donc gravement incom- nfaujraii plats. Et malgré le talent et la science incontestable .urajédépensés dans ces ouvrages, malgré tout le bien qu'ils ont produit dans les esprits et dont nous ne saurions trop nous réjouir, car ils constituent parfois un véritable progrès dans la défense delà vérité, — nous ne pouvons nous empêcherde croirequ'ils n'ont pas épuisé le sujet, ni dit ledernier mot sur la célèbre question. Nous croyons au contraire que l'on pourrait retrouver dans la tradition scolastique et thomiste des indications précieuses, capables de donner à nos raisonnements beaucoup plus de force et nous conduire beaucoup plus loin, soit dans la preuve, soit dans l'explication de la liberté. Assez loin même, pour satisfaire suffisamment la raison et lui rendre, après les anxiétés et les tempêtes du doute, la lumière et la ferme confiance dont elle a besoin.
Si nous ne savons pas nous-même remplir entièrement et jusqu'au bout cette difficile tâche, espérons
1er.
du moins que d'autres viendront après nous pour nous compléter, nous rectifier au besoin, et pour démontrer une fois de plus combien l'esprit moderne aurait à gagner à renouer les antiques traditions de l'esprit humain, sans rien sacrifier de ses progrès et de ses légitimes conquêtes.
Plan Le plan de cette première partie sera des plus simprîrai'^re ples. Nous partii'ons de la notion vulgaire de la liberté, et nous la confronterons successivement avec les données certaines de la Morale, de la Psychologie, de la Métaphysique et des Sciences modernes, recherchant dans ces quatre sortes de confrontations, soit à dégager les pi-euves de l'existence de la liberté humaine, soit à répondre aux objections qu'on lui oppose, soit enfin, comme conséquence dernière, à préciser et mettre en lumière la véritable explication de cette mystérieuse puissance.