r.E DKVorn. — I.E HIKN ET LE MAT. MnKAL
Mais il nous faut insister davantage, sur cette distinction capitale, si oubliée des modernes, entre les régions inférieures du strict devoir, et les régions supérieures de la perfection et des simples conseils de beauté morale. Il sera facibi de leur montrer que l'homme est toujours obligé d'être bon, mais qu'il n'est pas toujours tenu d'être beau.
Si la conformité d'une action avec la raison suffît à i'.'»""f-
lion du
constituer un objet permis, elle ne suffit pas à le ren- 'g'fj*^^* dre conseillé, BWGOïQ, n\o\\\^prescrit,Qi à produire une conseil. obligation formelle. Nous allons maintenant en saisir la raison. Mais auparavant donnons quelques exemples.
Après Tétude, il est raisonnable de se récréer; mais entre plusieurs jeux également raisonnables et bons, aucun peut n'être conseillé, encore moins imposé, et je puis user d'un libre choix, motivé par d'autres considérations que les règles de morale. Tel jeu me plaisant davantage, je le puis préférer ; mon action se portera alors sur un bien simplement permis.
Toutefois j'estime qu'il serait mieux de me priver de jouer et d'aller chercher le délassement intellectuel ou la distraction dont j'ai besoin, dans l'accomplissement de quelque œuvre philanthropique ou charitable, comme la visite des malades, le soin des pauvres, les réunions d'un patronage.
Aucun devoir d'état, aucune circonstance particulière ne m'imposant ce sacrifice d'un jeu favori, avec des amis d'enfance ou d'autres circonstances attrayantes, je le juge un sacrifice presque héroïque et nullement obligatoire. Voilà donc un bien purement conseillé et nullement prescrit.
Enfin, je [)uis faire l'hypothèse où c'est un devoir
d'état qui me force à sacrifier le jeu pour secourir les malades, et ce bien devient alors obligatoire, de^cetîe PourquoI Cette différence? Le législateur peut et doit lioïr to"i* à tour ou imposer, ou conseiller, ou simplement permettre une chose, raisonnable en elle-même, suivant le but qu'il se propose et la fin qu'il poursuit.
Si le bien est absolument ou moralement nécessaire à la fin, il doit le prescrire ; s'il importe trop peu ou aucunement à la fin, il le permet simplement ; enfin s'il serait utile mais trop difficile, héroïque... pour la plupart des sujets, et d'autre part nullement indispensable à la fin, il le conseille sans l'imposer formellement. Enfin le bien et le mal pourront être imposés ou défendus, plus ou moins gravement, suivant les degrés divers où ils peuvent être utiles ou nuisibles à la fin. De là",la distinction du péché mortel et du péché véniel. Le premier détruit l'ordre absolu ; le second le blesse sans le détruire essentiellement.
D'où l'on peut conclure, que si le bien et le mal naturels proviennent de leur caractère essentiellement raisonnable ou déraisonnable, le caractère de bien prescrit, conseillé ou permis, dépend du rapport plus ou moins étroit de ce bien avec la fin dont l'obtention est commandée.
La conclusion s'impose. La raison divine est le dernier pourquoi de l'ordre et partant du bien et du mal ; mais, sans la volonté divine imposant la fin et les moyens, nous n'aurions pas la raison complète de l'obligation. '^\,pari7npossible, la volonté divine pouvait ne pas vouloir imposer à l'homme sa fin dernière, par exemple, elle serait bonne sans doute, mais pas obligatoire. L'homme qui la négligerait agirait contrairement à sa raison, mais non pas contre l'ordre de Dieu : ce serait de sa part une erreur, un égarement, et non pas un péché.
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Le péché, en elîet, est la violation d'un commande- L«p4iehé ment, c'est une oll'ense de Dieu, analogue aux autres de'wtS. offenses. Nous pouvons ollenser Dieu de la rarme manière (|ue nous oll'ensons les hommes. Or quand nous oiïensons les hommes, nous violons aussi un de leuis comnian(l(3nients, tacite ou formel, peu importe. Celui qui ne me respecte pas, parexemi)le, m'offense, c'est-à-dire qu'il viole non seulement sa raison qui lui prescrit de me respecter, mais le commandement que je lui en fais d'une autre manière, ne serait-ce que d'une manière tacite et implicite, en me posant comme un être moral ayant droit au respect. De môme à l'égard de Dieu. Lorsque je manque à la loi morale, non seulement je viole une règle de ma raison, — ce qui ne suffit pas pour un péché,ainsi je puis enfreindre les règles de l'art musical ou les règles mathématiques sans pécher, — mais je viole en même temps l'ordre établi par la sagesse et les commandements divins, je traverse les desseins de l'amour divin, et par conséquent j'offense Dieu. Sans doute, je ne lui fais aucun tort, parce qu'il est au-dessus de mes atteintes, mais ma volonté n'en est pas moins coupable, ma révolte n'en est pas moins le plus grand de tous les attentats, et ce mal est encore plus grand que le tort que je me fais à moi-même ou aux autres créatures par mon péché. La violation de la loi morale est donc toujours une offense de celui qui l'impose, de Dieu, en même temps que de la raison qui la proclame; impossible de se révolter contre elle sans se révolter contre Dieu. Il n'y a pas de péché contre la raison seule, pas de péché purement philosophique.
Le bien moral vient donc, suivant l'expression de Les trois
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b. Ihomas, de < la plénitude d être >, et le ma) moral ^lu tien.
tances.
d'un < défaut d'être > dans l'action humaine. Mais cette plénitude ou ce défaut, — cette rectitude, comme disent les modernes, ou cette ditïormité, — peuventaffecter chacun des éléments constitutifs de l'action morale, qui sont autant de sources partielles de malice ou de bonté.
Fin, Or ces éléments de Faction morale, sont au nombre circins- de trois : la fin, \ objet et les circonstances. La fin est le but vers lequel la volonté se porte tout d'abord par l'intention; l'objet de l'acte, c'est ce que l'on opère, comme moyen pour arriver à la fin ; enfin les circonstances sont les accessoires souvent importants de cet objet. Ainsi celui qui dit un mensonge nuisible, par vanité, a pour fin unique et totale la vanité ou désir de paraître; pour moyen un objet illicite, le mensonge; pour circonstances aggravantes, le tort causé au prochain par ce mensonge. Cet acte a donc une triple malice, provenant de la fin, de l'objet et des circonstances. Chacun de ces éléments de l'acte, en effet, a un défaut de rectitude, et un manque de bonté morale.
Pareillement, celui qui, pour l'amour de Dieu, fait l'aumône, en se cachant aux yeux des hommes, est à la fois religieux dans son but, charitable par l'objet de son acte, et humble par ses circonstances. Chacun de ces trois éléments possède la rectitude morale.
Notez que la malice d'un seul de ces éléments aurait suffi pour le gâter ; ainsi mettez la vanité comme fin principale, à la place de la gloire de Dieu, et cet acte, malgré l'etïort dépensé, et la difficulté surmontée, et le bien matériel produit, n'en est pas moins un acte de vanité.
De là, l'axiome de l'Ecole, qui exige pour un acte bon l'intégrité de ses éléments essentiels, honum ex