‹ La liberté et le devoirChapitre 142 sur 205 · II. m; Kicvoiit. - i.K iiii;N i.r li. mai, mohai. ilOl · texte numérisé non relu

II. m; Kicvoiit. - i.K iiii;N i.r li. mai, mohai. ilOl

inte fpvi cditsa, Biloriy ([unn seul de ses éléments viciés suftit aie rendre mauvais ; mnhr,n exquocuùujue defectu (1).

N'exagérons rien pourtant, et soulignons le mot d'éléments e.'isentiels.

Tous les actes de l'homme, même les meilleurs, sont plus ou moins imparfaits; il s'y glisse toujours quelque légère imperfection, et ce serait bien décourageant de penser que cela suOit pour reuflre nos actions les plus généreuses, inutiles et sans mérite. La vertu deviendrait impossible pour l'homme.

Il ne s'agit donc que des éléments essentiels, ceux qui sont les mobiles déterminants de l'acte, et nullement de ceux qui se surajoutent par faiblesse, et sans lesquels l'acte se ferait quand même. Ainsi, dans l'exemple donné plus haut, si l'amour de Dieu est bien la fin réelle et déterminante de notre aumône, elle demeure bonne et méritoire, alors même qu'il s'y ajouterait une légère pensée de vanité. La valeur de l'acte ne serait pas détruite,niais seulement un peu diminuée par cette imperfection.

Parmi ces trois éléments essentiels, le principal J^^!^"'Je est assurément la fin que l'on se propose. Elle est, en ','j"'^'°" eiret, la cause première et le dernier terme de l'acte, qu'elle enveloppe tout entier. Du reste, l'exécution des moyens et les circonstances ne dépendent pas toujours de nous, tandis que la position de la fin en dépend toujours. Nous sommes donc obligés de ne choisir que des fins bonnes, c'est ce qu'on appelle la bonne volonté ou la bonne hitention. Et plus ces fins seront élevées, plus l'action sera d'un degré supérieur de bonté. Elle peut être non seulement strictement bonne, mais encore meilleure, parfaite, belle jusqu'à

(1) Cf. S.Thomas, la2îB, q. 18, a. 4, ad 3.

pas

l'héroïsme et au sublime, alors même que l'objet et ses circonstances seraient d'une valeur vulgaire et triviale. La femme du peuple qui nettoie sa maison, et fait le ménage, malgré la fatigue et mille difficultés, si elle élève ses intentions, jusqu'à l'amour de ses enfants, de son mari^ de Dieu lui-même, peut revêtir ces actions vulgaires du plus haut mérite et de la beauté morale la plus noble.

Voilà pourquoi les moralistes abondent de conseils

sur la droiture et la pureté d'intention : c'est l'art de

donner à nos actions les plus vulgaires une valeur

infinie.

Labonne Mais cst-ll exact de dire que toute la. valeur mo-

intention •*

ne^suffit raie de nos actions dépend de l'intention. Assurément non, puisque la fin n'est qu'un des trois éléments essentiels de l'action.

De ce prétendu principe on pourrait conclure que la fin justifie les moyens, ce qui serait non seulement une erreur, mais une énormité, car elle justifierait l'emploi du vol, de l'assassinat, du parjure, etc., pour obtenir une fin bonne et même excellente en elle-même, comme serait par exemple le salut de la Patrie. L'École a protesté justement contre cette maxime immorale, en lui opposant celle-ci : non sunt facienda mala ut eveniant bona, on ne peut faire le mal, comme moyen pour arriver au bien.

La fin ne justifie donc ni les moyens, ni les circonstances,et si, par exemple, on ne peut obtenir une bonne fin, par un bon moyen, sans causer du scandale, on doit s'en abstenir.

On voit par là combien il serait injuste de résumer cette doctrine de la direction des intentions par la formule courante : < ayez bonne intention et faites ce que vous voudrez », puisqu'elle exige au contraire la bonté non seulement de la fin, mais encore des moyens

actions iodil férenlp

H. Lli DKVOIK. -- LK HIK.N K T LK MAI, MOHM. AO'-i

et des circonstances, confornru'nnent au principe posé: bonuni ex inleyrà causa, nnih/m e.r quocAirnquc defectu.

Au sujet de ces trois éléments de moralité : la lin, u» l'objet et les circonstances, les philosophes ont posé "ÔTi" une dernière question assez embarrassante. Peut-il y avoir des actions indilFérentes, c'est-à-dire qui ne puiseraient dans aucun de ces trois éléments, ni bonté ni malice? S. Bonaventure et l'école scotiste l'ont pensé, mais nous croyonsl'opinion contraire de S. Thomas beaucoup i)lns vraisemblable. Il suffit de dissiper les équivoques dont on l'a entourée.

D'abord, il ne s'agit que des actes humains réfléchis et libres. Il est bien évident qu'une foule d'actions faites sans délibération ou mécaniquement, comme tousser, cracher, se moucher, et une multitude d'autres mouvements insignifiants, n'entrent pas, directement du moins, dans l'ordre moral. Nous ne parlons que des actions rélléchies et volontaires (1).

11 ne s'agit pas davantage d'une action considérée, d'une manière abstraite, dans son objet séparé de ses circonstances et de la fin de l'agent. 11 est sûr qu'il y a des objets qui matériellement sont indllférents, comme parler, se taire, se promener ou se reposer. Le débat porte sur une action concrète, considérée dans tous ses éléments, y compris l'intention de l'agent et les circonstances où elle est produite.

Accordons en outre que les circonstances de temps, de lieu, de manière, etc., puissent être indilleren tes, Il restera encore l'intention de l'agent, et c'est ici le point précis de la difficulté.

Cette fin que se propose l'agent est-elle raisonna-

(1) s. Thomas, U 2a;, q. 18, a. 9.

ble ou déraisonnable? Si elle est raisonnable, elle est conforme à ronlre, et partant, elle ordonne l'agent vers sa fin dernière : elle est donc bonne. Si elle n'est pas raisonnable, ni conforme à Tordre, elle détourne l'agent de sa fin dernière, le met hors de la voie qui y conduit : elle est donc mauvaise. On ne voit guère de milieu possible entre ces deux alternatives : être raisonnable ou déraisonnable, ordonnée ou désordonnée. Il n'y a donc pas d'intention indiff'érente, et partant, il n'y a pas d'action concrète qui ne soit ni bonne ni mauvaise.

La conscience morale

La distinction du bien et du mal, l'obligation de la s-uaiure.

° son inplo

loi, la nécessilé de notre lin dernière elle-même, se- f<i"«raient pour nous comme nuls et non avenus sans la lumière de la conscience morale (1). Il nous reste à considérer ce nouvel élément intérieur et constitutif de nos actions morales.

Qu'est-ce donc que la conscience morale, et en quoi diffère-t-elle de la conscience étudiée par la Psychologie? La conscience psychologique est cette faculté qui perçoit nos états intérieurs. Elle est un simple témoin de ce qui se passe au dedans de nous, et ne nous dit rien de nos devoirs. La conscience morale, au contraire, nous instruit de nos devoirs et nous donne l'appréciation de notre propre conduite. Avant chaque action, elle nous dit ce qu'il faut faire ou éviter; pendant l'action, elle nous témoigne que nous faisons bien ou mal ; après l'action, elle nous adresse ses reproches par les remords, ou nous récompense par les joies et les espérances de la bonne conscience. En sorte qu'elle est pour nous un guide, à la fois théorique et pratique, de nos actions morales (2).

D'abord, c'est un guide théorique. C'est elle, qui i. n.-.ie perçoit avec évidence les premiers principes des contclenmœurs : il faut faire le bien, éviter le mal. Et dans j-aSÎ cette première fonction, elle ne diffère pas de ce que

(1) « NuUus ligatur pcr praîceptum aliquod, nisi niediante scientia illiui pra'cepli. » S, Thomas, De veriUile, q. 17, a. 3. (<J) s. Thomas, la, q. 79.

les anciens appelaient la Syndéi-èse. Puis elle lire de ces premiers principes les conclusions plus ou moins éloignées qui sont l'objet propre àeldi science morale : l'injustice est un mal, l'usure est un mal... Ce n'est qu'en dernier lieu, qu'elle applique ces données morales à chacune de nos actions en particulier, pour devenir un guide pratique : l'action présente est un prêt usuraire ; donc elle est illicite (1).

Gomme on l'entrevoit déjà, d'après cette simple description, la conscience n'est pas une faculté distincte de la raison elle-même. C'est la même faculté qui perçoit la vérité spéculative et la vérité pratique. Elle perçoit, par exemple, les notions de Créateur, et de créature, de père et de fils, de maître et de serviteur, et, en percevant ces notions spéculatives, elle y découvre plusieurs rapports : les uns spéculatifs comme celui d'antériorité de père sur le lils, de créateur sur la créature ; d'autres pratiques ou moraux, comme le rapport de dépendance et de soumission du fils à l'égard de son père, de la créature envers son créateur, du serviteur envers son maître. Autant de vérités, morales ou spéculatives, qui doivent tomber sous le regard de la raison, puisqu'elle est la faculté du vrai. Il n'en saurait être autrement ; et supposer dans l'homme deux raisons vraiment distinctes, serait le scinder arbitrairement et rompre son unité. Il suffit de distinguer deux fonctions de la même faculté, l'une théorique, l'autre pratique.

Le sens Ou donuc parfoîs à cette partie de la raison praéquivo- tique qui dirige les mœurs, ou conscience, le nom de cemot.^ sens moral. C'est là une expression moins heureuse, selon nous et malgré sa vogue, qui pourrait prêter

(1) Les anciens théologiens restreignent à cette conclusion l'acte propre de la conscience. Les modernes en ont un peu élargi le sens.

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