II. LE DEVOIR, — LA CONSCIENCE MORALF
à de graves malentendus, et a donné lieu, de fait, à de regrettables abus.
Un sens est, avant tout, une faculté organique et corporelle, incapable partant de s'élever au-dessus du matériel et du contingent, pour atteindre jusqu'à la vérité immatérielle, nécessaire et absolue. Aussi ce mota-t-il eu les faveurs surtout des matérialistes, des positivistes et des partisans de Tévolutionisme.
Les uns ont imaginé que ce sens moral était analogue à Tinstinct aveugle qui avertit les animaux de ce qui est nuisible ou utile, sans les éclairer sur la raison de cette utilité ou nocivité. Ainsi le sens de la pudeur ou de l'honnêteté, par exemple, ne serait qu'une tendance instinctive et aveugle, fruit héréditaire d'une longue habitude chez nos ancêtres, et variable avec les habitudes contractées parles diverses races. D'où il suivrait que ces instincts, comparables à l'instinct du chien de chasse ou d'arrêt, par exemple, n'auraient pas plus de titres à la moralité.
Moins grossière assurément est l'opinion de certains spiritualistes, tels qu'Hutcheson et l'école écossaise. Ce serait bien encore pour eux une sorte d'instinct, mais d'un instinct supérieur et intellectuel, qui nous porterait aveuglément vers un bien moral réel et non fictif. Joutïroy et les sentimentalistes, pour distinguer le bien et le mal, font également appel au sentiment qui dirige, sans éclairer, en sorte que l'acte vertueux se ferait sans qu'on sût pourquoi et comment il doit être fait. Tel serait le sens moral, naturellement droit, mais aveugle.
En vérité, l'homme serait bien à plaindre s'il en était réduit là, et peut-être a-t-on analysé dans ce tableau un seul des côtés de l'homme, celui où l'habitude et la routine se substituent à la raison réfléchie, en masquant l'autre côté raisonnable et vraiment hu-