H. LE DEVOIH. — LA CONSCIENCE MORALE
ses principes aux cas particuliers qui se pressentent, au moment (raj,nr. Mais cette application est pleine de difficultés. Ainsi, par exemple, des doutes et des hésitations sur la lionté de l'acte à poser, peuvent s'élever et provoquer des cas de conscience d'autant plus embarrassants, ({ue la nécessité d'agir et de prendre un parti s'impose.
Pour les résoudre, il faut considérer les différents états où une conscience peut se trouver au moment d'agir. Elle peut être droite ou oblique, certaine ou erfonée, douteuse ou probable; et les règles de conduite doivent varier avec chacun de ces cas.
La conscience est dt-niie, lorsque son intention est f.p„g. droite : alors elle ne cherche que le vrai et le bien, et juge de bonne foi selon ses lumières. Elle est oblique et mauvaise, au contraire, lorsqu'elle n'est pas entièrement de bonne foi, qu'elle cherche à se faire illusion à elle-même, et qu'elle s'inspire dans ses jugements des passions et de l'intérêt, bien plus que de la justice et de la vérité. La conscience oblique ressemble à ce juge complaisant et ini([ue, qui rend des services et non des arrêts, et dont les jugements, frappés de suspicion et de nullité, sont sans valeur dans les balances delà vraie justice. Ils ne peuvent jamais faire loi, alors même que, par hasard et contrairement à ses intentions, ils seraient équitables. La conscience droite, au contraire, rappelle à la pensée les arrêts de la justice vraiment digne de ce nom, et, quoiqu'ils ne soient pas infaillibles, ils sont valables pour diriger nos actions, jusqu'à preuve du contraire.
S'il en est ainsi, il est bien évident que nous ne pouvons jamais agir avec une conscience oblique, mais uniquement sous la direction d'une conscience droite, et qu'il faut la supposer donnée dans toutes les règles de conduite qui suivront.
cons- La conscience certaine est celle qui a la certitude certaine, de ue pas SG ti'omper dans le jugement qu'elle porte sur la moralité d'une action donnée. Elle ne craint pas de se tromper, et possède sur ce point une science sûre d'elle-même. Cependant cette certitude peut porter sur deux objets très différents : elle peut être certaine de la valeur morale intrinsèque de son action ; ou bien, ignorant cette valeur intrinsèque, être certaine qu'elle peut quand même la poser. Ainsi un homme sans culture, sur l'autorité d'un homme compétent, peut avoir la certitude morale qu'il peut oti doit passer tel ou tel contrat, dont il ne comprend ni le sens ni la portée. Il est clair que cette certitude pratique ou subjective suffit à la moralité de son acte, et que la certitude scientifique ou objective n'est nullement requise : elle n'est pas toujours à la portée de tous, et ne saurait être obligatoire.
Agir selon les lumières de la conscience certaine pratiquement, sera donc toujours un devoir; agir contrairement à ses lumières sera toujours une faute.
Cons- Cependant une conscience qui se croit sûre d'ellemême, de très bonne foi, peut être erronée. Sans doute, il est impossible à un homme sain d'esprit de se tromper de bonne foi sur les premiers principes de la morale, mais l'erreur est possible sur les conclusions, surtout si elles sont éloignées et complexes. A plus forte raison, dans leur application à des circonstances particulières, qui peuvent être mal connues et fausses.
Nous supposons ici que cette erreur n'est pas volontaire ni coupable, et que la conscience est de bonne foi : elle est donc excusable, et celui qui agit selon ses lumières agit encore raisonnablement. Bien plus, on est obligé de suivre ses ordres, car puisqu'on les croit l'expression du devoir, on ne pourrait leur désobéir
cience erronée ,