‹ La liberté et le devoirChapitre 16 sur 205 · partie · texte numérisé non relu

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La Liberté et la Morale.

Avant de confronter laLiberté avec les données de la î^r" science morale, rappelons sommairementla notion vulgaire de laLiberté. Ce sont en eiïetles notions premières du vulgaire bon sens qui sont le point de déiiart nécessaire de toute science. Après un long circuit, la science a pour résultat ordinaire de revenir à ces mômes notions, non pas pour les nier, mais pour les éclaircir, les préciser et les enrichir ; en sorte qu'elles sont à la fois le point de départ et le terme de toute science qui se respecte.

Or, tout le monde en convient, la liberté c'est le otirClé contraire de la nécessité : c'est un affranchissement '",",!["; de la nécessité. Mais il y a deux espèces de nécessités : et partant deux espèces de libertés. Une nécessité extérieure qu'on appelle la violence, la contrainte, et qui empêche l'exécution matérielle de nos volontés. L'autre intérieure, qui affecte la volonté elle-même, et la force à choisir ceci plutôt que cela, en sorte qu'elle n'est plus maîtresse de son vouloir et de son choix.

Comme exemple de la première nécessité tout extérieure, on peut citer celle que subit le prisonnier chargé de chaînes, qui ne peut remuer ses membres comme il l'entend, ni aller là où il veut ; on peut encore citer la légende d'Œdipe victime d'un Destin aveugle, qui lui fait tuer son père et outrager sa mère dans de fatales méprises, mais qui ne peut triompher au dedans de lui-même de la droiture de sa volonté, ni de la noblesse de ses sentiments.

L'affranchissement de cette nécessité extérieure, s'appelle la liberté p/i//6îg?<^, ou liberté de coaction.

Nousen jouissons parfoiset même souvent; et comme personne n'a contesté sa possibilité ou son existence, nous n'avons pas à nous en occuper ici.

Nécessité Comme exemple de la seconde espèce de nécessité liberté dans le for intérieur, il suffit de rappeler l'homme endormi qui agit en rêvant, celui qui agit sous 1 empire de rivresse, de la folie, ou hors de l'état normal. Il est manifeste que dans ces divers cas, la raison peut être troublée au point de ne plus savoir ce qu'elle fait, de ne plus être maîtresse d'elle-même, et partant de ne plus vouloir et choisir librement. Un cas encore, le plus simple, est celui de l'homme qui agit machinalement avant d'avoir réfléchi, et dont Faction involontaire ou primesautière, actus primo-primus, a prévenu et devancé toute délibération.

Dans tous ces cas, Ihomme n'est plus qu'un automate, d'une nature supérieure, sans doute, puisqu'il a la vie et la sensibilité, mais enfin un automate, animal spirituel, que pousse l'impression du moment, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, et qui dans le conflit des idées et des désirs est dominé fatalement par l'idée la plus intense et le désir le plus impérieux. La Toute la question est de savoir si l'homme raisonna-

qnesi.on j^|g^ daussou état normal, peut, au moins quelques fois, — car la question des limites ou de l'étendue de la liberté, serait ici prématurée, — être affranchi de cette nécessité intérieure ; s'il peut diriger le cours spontané de ses pensées et de ses désirs, se rendre maître de lui-même, et maître de ses décisions, de manière à choisir à son gré entre agir et ne pas agir, entre agir d'une manière ou d'une autre. Ce pouvoir de choisir et de se déterminer soi-même, qui, aux yeux de tous, constitue la notion vulgaire de liberté «iora/e ou du libre arbitre, estdoncle fait dont il nous faut prou-

résoudre.

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