H. LE DRVOIK. — LA CONSCIENCE MORALE
naturelles (1), dont nous avons déjà reconnu la puissance, et iiKHiie, dans des cas exceptionnels relevant de la pathologie, la puissance nécessitante. Les cas auxquels nous faisons allusion sont des espèces de folie héréditaire, et n'entament en rien le principe général que l'homme, à l'état normal, jouit de la liherté morale.
C'est donc la répétition des actes, qui produit dans Jfy^^ l'âme ces états d'hahitudes morales, caractérisées par la facilité de plus en plus grande à répéter les mêmes actes. C'est là assurément une force nouvelle, et une grande force, ajoutée à la nature, aussi l'a-t-on appelée une seconde nature. Force presque toute-puissante soit pour le bien, soit hélas ! pour le mal : la vertu et le vice.
Cette force, disons-nous, est une facilité à refaire \^**
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tout naturellement, et comme d'une fa(;on instinctive, les mêmes actes. En sorte que les actes de vertu, si difficiles et partant si rares dans le commun des iiommes, deviennent faciles, attrayants, et ont une tendance à se reproduire sans effort, voire même sans réflexion. Ils ne cessent pourtant pas d'être méritoires, puisqu'ils sont habituellement voulus, et que ce merveilleux instrument de la vertu, qui centuple nos efforts, est lui-même voulu, comme un effet libre et méritoire de notre amour du bien. Disons même qu'ils deviennent, à cause de la facilité même, des actes plus finis, plus parfaits, plus méritoires. Quoi qu'on en ait pu dire, la valeur d'une œuvre d'art, d'un tableau, par exemple, ne dépend pas uniquement du travail de l'artiste, ni de l'effort qu'il a nécessité. Son prix pourrait être en raison inverse de l'effort. Il n'en est pas autrement dans le grand art d'aimer le bien,
(1) Aristote, Eth. Nie., liv. II, ch. 5. §5.
et de bien faire. L'effort n'est nullement la mesure de l'amour : ils croissent parfois en sens inverse, en sorte que la règle ordinaire, qui mesure le mérite à l'effort et à la difficulté, ne peut avoir rien d'absolu.
Telle est la nature, l'origine, l'utilité et le prix de l'habitude vertueuse, que la conscience estime tant dans une âme. Une simple transposition de termes indiquerait la nature, l'origine et la perversité de ce malheureux esclavage du vice.
ré^de'nL Quaut au sujet où réside la vertu ou le vice, on a beaucoup discuté pour savoir si c'était l'intelligence ou la volonté. La vertu ou le vice sont-ils des habitudes intellectuelles ou morales ? L'école Socratique et Platonicienne penchait pour la première opinion. Les lumières de l'esprit suffiraient à rendre vertueux ; c'est l'ignorance qui produirait le vice. Aussi Socrate définissait-il la vei'tu: « la science du bien », et Platon ajoutait que personne ne devient mauvais par sa volonté, mais par défaut d'instruction (1). L'expérience s'est chargée de démontrer maintes fois qu'il n'en est pas ainsi, et qu'il ne suffit pas d'instruire et de faire les générations savantes, pour les rendre vertueuses.
Nous ne plaidons pourtant pas pour cela la cause de l'ignorance : cette cause serait perdue d'avance, surtout après la belle théorie de S.Thomas, qui nous a montré la racine de la liberté plongeant au plus profond de notre intelligence, et nous a fait comprendre comment la responsabilité morale, si diminuée chez l'ignorant, grandissaitd'autant plus que l'homme est plus instruit. L'instruction est donc un bienfait du plus haut prix, puisqu'elle augmente notre pouvoir moi-al.
(1) « Quippe voluntale sua malus est nemo, sed propter imperitam educationeui malus lit malus. «Platon, Tintée, \u (in.