‹ La liberté et le devoirChapitre 166 sur 205 · III. CHITIOUK. — MATÉRIALISME F.T POSITIVISME · texte numérisé non relu

III. CHITIOUK. — MATÉRIALISME F.T POSITIVISME

Dans le monde <les faits nous drcouvions des causes et des effets, avec leurs lois continfjentes ; dans le monde de la vtTité nous découvrons les idées nécessaires de cause et d'eiïet, avec leur liaison nécessaire : pas d'ellet sans cause.

Les notions premières et les principes premiers de Premier la morale jouissent de la môme évidence et de la même nécessité. Nous avons vu la nécessité des idées d'ordre et de désordre, ou de bien et de mal moral, en même temps que leur relation nécessaire avec l'agent libre : il doit faire le bien ; il doit éviter le mal.

Et de même que le caractère de nécessité ^vi^^n^^, dont jouissent les premiers principes d'identité, de causalité, etc.. ne sera jamais expliqué par une simple habitude aveugle, si invétérée qu'on la suppose, de même pour les principes de morale. Ainsi il nous paraît évident que le fils f/o?7 avoir nn père ; tandis qu'il n'est pas évident que la wmi doit précéder le jour, malgré le fait habituel. De même en morale, il nous paraît évident que le (lis doit respect à son père, malgré toute habitude contraire ; tandis que malgré mon habitude de me lever le matin et de me coucher le soir, je n'y découvre aucune nécessité morale. Donc, l'habitude ou l'association habituelle d'idées, n'explique nullement V évidente nécessité \)vo^v<à à certains principes intellectuels ; il y a là un élément rationnel,— complu tement distinct de l'habitude. puis qu'il est souvent en opposition avec elle, — que le sensualisme a grand tort de négliger, et qu'il laisse inexpliqué, malgré son importance capitale.

A ce premier reproche de mutiler les laits de cons- Deuxième cience,au lieu de les expliquer,j'en ajoute un second. Stuart Mill nous dit qu'il faut préférer les plaisirs qualitatifs, aux plaisirs quantitatifs, et les plaisirs

désintéressés aux plaisirs intéressés. Certes, c'est une très belle maxime, et son auteur, esprit délicat et généreux, fait bien d'agir ainsi si tel est son plaisir . Mais de quel droit l'imposer aux autres hommes moins délicats, et qui déclarent n'y trouver que de la gêne et aucun plaisir ? Chacun a le droit de décider de ses intérêts et de ses plaisirs. VA si Tamourde soi-même est la règle première et suprême, jamais Stuart Milln'en pourra faire sortir, logiquement et sans arbitraire, Famour désintéressé du prochain. Troisième Bicu plus, Ics associatious ayant autant de valeur '*^^^'"' les unes que les autres, puisqu'elles dépendent de faits arbitraires, d'une habitude, d'un hasard, et qu'aucune ne peut être dite bonne ou mauvaise, mais seulement utile ou nuisible à la société, qui m'empêchera de travailler à les changer? Que m'importe, par exemple, le remords de ma conscience, s'il n'est qu'une association d'idées ou de préjugés héréditaires, que l'on peut dissiper encore plus vite qu'elle ne s'est formée? Si les tendances altruistes me gênent et m'impoitunent, si je les estime des préjugés dus à l'ignorance et à la routine, Stuart Mill m'a donné le secret de m'en débarrasser et d'arriver ainsi à la parfaite «. liberté de conscience >, caractère primitif de la nature pure. Ce serait le retour à la barbarie, sans doute, mais s'il n'y a plus ni bien ni mal, on ne peut m'interdire de la préférer, si je l'estime plus utile pour moi.

Ne peut Comme on le voit, malgré des intentions plus éle- SnL vées, la théorie de Stuart Mill, demeure aussi fragile et aussi fausse que celle de Bentham et de Hobbes. S'il n'y a pas de principe supérieur à l'intérêt et au plaisir, c'en est fait de l'amour désintéressé du bien et du devoir ; c'en est fait de la morale elle-même ; il ne reste plus que des ombres de vertus, qu'on ne

me.

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