‹ La liberté et le devoirChapitre 167 sur 205 · III. CRITIOIJK. — MATÈRIAMSMB RT POSITIVISME · texte numérisé non relu

III. CRITIOIJK. — MATÈRIAMSMB RT POSITIVISME

peut sûrement distinguer des vices contraires, et qui se dissipent au moindre souffle capricieux de Tintérêt et du plaisir de chacun.

La conciliation tant recherchée de Tégoïsme et de l'altruisme demeure donc encore à trouver.

Tandis que le Positivisme anglais se traînait dans n. l'ornière de la morale utilitaire, cherchant vainement ''"mT*' à faire naître l'altruisme d'un intérêt bien entendu, le '''■'"^''• Positivisme français, animé d'aspirations plus hautes et plus généreuses, cherchait à fonder une morale désintéressée, — nous allons voir avec quel succès.

Le fondateur et le chef de l'école positiviste fran- A.comie. çaise, Auguste Comte, devenu sur ses vieux jours pontife de la Religion de l'Humanité, aimait à dire : « quand même la terre devrait être bientôt bouleversée par un choc céleste, vivre pour autrui, subordonner la personnalité àla sociabilité, ne cesseraitpas de constituer jusqu'au bout le bien et le devoir suprême. > Aussi avait-il pris pour devise cette généreuse formule, devenue le résumé delà morale altruiste : Vis pour les autres (1).

La formule est assurément très belle, et dépasse de cnii ue beaucoup toutes les maximes positivistes d'outre- J^-^^ Manche. Elle n'en est pas moins excessive et inacceptable par sa hauteur et sa généralité même. D'abord, sa sublimité indique bien que. si elle peut être un idéal de perfection et de conseil pour une élite, elle ne saurait être un précepte rigoureux pour le commun des hommes qu'elle dépasse de beaucoup. Or la morale que nous cherchons est une morale pour tous, et non pas seulement pour les héros. D'autre part, il est faux

(1) Taine, Cours de philosophie positive, I, p. 507 ; Système de politique positive.

que l'individu doive toujours et partout se sacrifier au x autres et ne vivre que pour eux. Tout en reconnaissant que le sacrifice de soi soit parfois exigé, du soldat par exemple qui meurt aux avant-postes, ou de la mère qui se dévoue pour ses enfants, et que la vie commune puisse nous imposer habituellement quelque gêne, cependant l'individu a aussi des préoccupations personnelles fort légitimes et des droits à faire respecter, parfois même des droits imprescriptibles etsacrés qu'il ne lui est pas permis de sacrifier.

Du reste, comme on l'a déjà remarqué, si chacun était tenu de se sacrifier aux autres, personne ne pourrait accepter le sacrifice d'autrui, en vertu du même principe, qui se trouverait ainsi neutralisé. Critique Mals cc qul est encore plus critiquable que cette raétiiode. belle maxime, et qu'il importe surtout ici de mettre en relief, c'est le fondement soi-disant positif et scientifique qu'on voudrait lui donner.

L'essence du positivisme consistant à soumettre tous les problèmes des diverses sciences à un même procédé d'investigation, le procédé expérimental, qui se borne à constater les faits et les lois, sans s'élever jamais jusqu'aux causes et aux principes absolus, la morale devra se plier à ce joug, pour devenir une science « exacte ».

D'autre part, la hiérarchie des sciences exigeant que les phénomènes supérieurs soient expliqués par les phénomènes inférieurs, dont ils ne peuvent être qu'un plus grand degré de complication, la morale devra être expliquée par la biologie et la physiologie.Comte va j usqu'à exclure la psychologie, pourlaquelle, à l'inverse des positivistes anglais, il professe la plus grande défiance, et qui ne peut être elle-même qu'une biologie ou physiologie plus compliquée. C'est donc la biologie, complétée parfois par la so-

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