III. CHITigUE. — MATÉKIALISMK ET POSITIVISME
ciologie, OU [jliy.sii{ue sociale, qui foui-nira les bases de sa morale positiviste.
Or la biologie constate des faits, par exeini)lc la on ne nécessité de la subordination matérielle des enfants ^""«'"^e
du fait
aux parents. De cette loi de subordination physique, ^u devoir Comte conclura à la loi de subordination morale.
La biologie constate, j)ar l'étude comparée des cerveaux, l'infériorité intellectuelle de la femme. De cette loi physique, Comte conclura également à la loi morale de subordination de la femme à l'égard de l'homme.
La biologie constate encore que les instincts égoïstes de l'individu l'emportent de beaucoup en force et en durée sur lesinstincts sympathiques ou sociaux. Mais d'autre part la « statique sociale » constate l'infériorité et la dépendance de Tindividuvis-à-visdes diverses collectivités sociales. Comte en conclura pareillement à la loi morale de dépendance de l'individu à l'égard de ses semblables. La loi morale sera de « vivre pour autrui >.
Mais il est facile de voir que la rigueur scientifique d'une telle morale est purement apparente, et qu'elle supporterait difficilement un examen sérieux. Et d'abord, en vertu de quel principe Comte transformet-il un simple fait physique en un devoir moral ? Comte ne le dit pas, ne le recherche même pas, puisqu'il ne recherche que les faits et la coordination des faits. Et alors de quel droit pose-t-il l'équation, fait = devoi7'\ ce qui est = ce qui doit être? C'est une pétition de principes.
Et que l'on ne dise pas : C'est une loi physique de la nature, et l'obéissance aux lois de la nature s'impose. Ce ne serait là qu'une simple équivoque. Sans doute, répliquerions-nous, il faut obéir aux lois morales, mais sommes-nous tenus d'obéir aux loisphy-
signes, lorsque nous pouvons nous y soustraire ? Et le plus merveilleux résultat pratique des sciences modernes n'est-il pas précisément de nous affranchir peu à peu d'une foule de lois et de nécessités physiques ? La vapeur et l'électricité ont déjoué les lois du temps et de l'espace : les montagnes perforées ou escaladées ne nous arrêtent plus ; les océans et les déserts ont été franchis : et les ballons sont en train de nous délivrer des liens de la pesanteur qui nous attachent à la terre. La nature a été asservie, domptée par la science ; au lieu que l'homme soit toujours soumis à la nature, c'est la nature qui se soumet à l'homme. Tout le progrès consiste précisément à se délier de plus en plus des lois physiques, en se pliant de plus en plus aux lois morales.
oùcon- Après avoir une fois adopté la dite méthode, il faucMe drait du moins, puisqu'on la croit bonne, la conserver
méthode. ^^ l'appliquer avec sincérité, au lieu de l'appliquer par intermittence et à certains faits seulement ; mais alors voyez les étranges applications. L'homme le plus faible est ph^'Siquement subordonné au plus robuste et au plus fort ; donc il doit l'être aussi moralement. N'est-ce pas précisément sur ce principe que s'appuyait l'esclavage antique? N'est-ce pas encore sur lui que certaines nations civilisées essayent d'étayer le fameux principe de la supériorité des races, qui doivent dominer et assujettir les races inférieures ? Allons encore plus loin. Puisque la biologie constate le fait universel die la prédominance des instincts égoïstes, dans la lutte pour l'existence, cette prédominance est une loi de la nature. Mais alors ne seraitil pas plus logique d'ériger cette loi physique en loi morale, plutôt que de la combattre, et d'exiger le sacrifice de cette tendance naturelle ? (1).
(1) C'est en ce sens que M. Brunetière a pu dire : « si nous deman-
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Ktran^^e nionilo, en vérité, que celle qui a pour prétention d'être fondée sur les lois de la biologie, et([ui se met enopposition flagrante avec ses lois ! Pourquoi seul parmi les êtres de la création, l'homme devraitil combattre des tendances qui lui sont naturelles ?
Les spiritualistes, eux, ont le droit de demander on ne que les tendances égoïstes soient dominées par les pa»»er tendances supérieures, les tendances sensuelles par cipcs. les tendances raisonnables, — parce qu'ils ont des principes pour distinguer le bien et le mal moral, les puissances moralement supérieures et inférieures. Mais ceux qui ont rejeté ces principes n'en ont plus le droit. Pour eux les mots de bien et de mal, d'autorité, de respect, de subordination, ne sont plus que des étiquettes ou des mots vides de tout sens moral. Quant aux termes de droit, de devoir, d'obligation, de mérite : les positivistes s'abstiennent de s'en servir, et ils font sagement; car ils seraient en opposition trop manifeste avec leurs conceptions.
Si pour appuyer leurs lois morales, ils invoquaient l'intérêt de l'espèce, nous retomberions dans tous les inconvénients des morales utilitaires déjà réfutées. De quel droit d'ailleurs imposer à l'individu de se sacrifier à l'espèce et de mourir pour elle, sans aucun espoir de compensation réelle? Pour l'obtenir, tous les faits de la biologie sont insuffisants et de plus inutiles : il faut pour cela me montrer que j'en ai le devoir positif, sinon je reste libre de préférer ma vie et mon bien personnel.
Ce premier essai de morale positiviste, parle chef Mo,aie del'école, fut jugé assez sévèrement par un de ses plus ultré.
mandions au Darwinisme des leçons de conduite, il ne nous en donnerait que d'abominables » La Science et la Religion, p. 38.
éminents disciples, Littré, qui lui reprochait de n'avoir pas rattaché assez étroitement la morale à la hiologie. A son tour, il a essayé de resserrer encore plus ces liens.
Fondée Pour lui, Ics dcux tendances morales, égoïste et
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biologie, altruiste, découlent des deux besoins fondamentaux de l'être physiologique : besoin de nutrition et de génération.^ Il faut d'abord que la substance vivante se conserve, et pour cela qu'elle se renouvelle en empruntant au dehors des éléments nutritifs. Ce premier besoin est l'origine de l'égoïsme ; qu'est-ce, en effet, que l'amour de soi, sinon l'instinct de la conservation, qui n'est lui-même en dernière analyse que l'instinct de la nutrition ? Compliquez cet instinct et vous aurez l'amour-propre, l'intérêt personnel, la recherche des moyens de conserver la santé etla vie, le désir de la puissance, le désir de lapossession, toutes les formes de l'amour de soi. Mais la substance vivante ne doit pas subsister seulement comme individu, il faut encore qu'elle subsiste comme espèce. Ce qui lui assure cette durée, cette extension dans l'espace et le temps, c'est un nouvel instinct non moins inhérent que l'autre à notre organisme... Le besoin d'engendrer, de produire, de donner à autrui, peut, par une série d'évolutions, devenir sociabilité, patriotisme, philanthropie universelle. La lutte qui s'établit entre les deux ordres de besoins et de sentiments constitue la vie morale (1). >
Critique Certes, l'idée est originale et prête facilement aux
poi*nrde amplifications littéraires de nos romanciers à la mode.
^''^'^^' Mais ces qualités ne suffisent pas à en faire une idée vraie, reproduction rigoureuse de la réalité. Est-il bien exact de dire que l'amour de soi dérive du besoin
(1) Fouillée, C'rihç. des systèmes, p. 41.