‹ La liberté et le devoirChapitre 169 sur 205 · III. CltlTiyUE. — MATÉHIALISMK F-T POSITIVISME · texte numérisé non relu

III. CltlTiyUE. — MATÉHIALISMK F-T POSITIVISME

(li; nuti'ilioii ; u'est-cti pas au contraire lo besoin de nutriLion qui présuppose cet amour essentiel de tout être pour liii-niènie, qu'on a si bien appelé le vouloirvivre, et dont un(^ des manifestations les plus élémentaires est précisément le besoin de nutrition ?

De môme pour la sympathie. Au lieu de dériver du besoin de reproduction et du rapprochement des sexes, ce besoin et ce rapprochement n'en sont que les elTets naturels, et encore ces eiïets ne sont-ils pas essentiels à la tendance sympathique. L'enfant aime son père et sa mère, ses frères et ses camarades, avant de ressentir les dévelo[)pements delà sexualité. Les all'ections les plus profondes et les plus nobles, celles que nous éprouvons pour la Patrie et la Religion, ou bien pour les pauvres, les malheureux, et en général i)Our les autres membres de l'humanité, la charité, la pitié, la fraternité, sont parfaitement dégagées de tout instinct sexuel. Bien plus, cet instinct, chez les animaux, est un esprit de jalousie, d'exclusion, déconcentration et d'égoïsme, qui est le contraire même de l'esprit d'expansion et de sympathie sociale. L'alfection du mâle pour la femelle ne soull're point de partage, et comme on l'a très bien dit, c'est une sorte < d'égoïsme à deux >. Les liens vraiment sociaux ne se forment qu'entre les familles déjà constituées, ou entre les frères, les parents, les amis, et en dehors de tout instinct sexuel.

La belle théorie de Littré a donc un premier défaut, cruique

de ses

c'est d'être en contradiction avec les faits, et partant conduavec la vérité, et nous aurions droit d'arrêter là notre morales, critique. Mais alors même qu'on lui concéderait ce point de départ; alors même que l'égoïsme viendrait des besoins de nutrition et l'altruisme du l)esoin de génération, la science morale ne serait pas encore commencée. Nous aurions bien constaté qu'il y a dans

l'homme des tendaiîces égoïstes et des tendances altraistes, ce dont personne ne doute ; — mais toute la question morale est d'établir la règle qu'il faut leur imposer pour bien vivre, en un mot c'est la question du devoir.

En présence de ces deux ressorts de la machine humaine, Littré n'hésite pas à donner la préférence à l'altruisme sur régo]sme,pour deux raisons, Tune tirée de la biologie, l'autre de la logique. Examinons leur valeur.

L'aitruis- L'a première est tirée de la supériorité physiologique

roc neji,... , . ,,, , ri-i'

s'impose uei instinct altruiste sur 1 instinct égoïste. La biologie nous montre, en effet, que dans le développement vital, ce qui paraît d'abord est le plus simple; les fonctions plus compliquées viennent ensuite, et partant sont supérieures aux premières, qu'elle considère comme élémentaires et inférieures. Aux yeux du naturaliste, la reproduction sera donc supérieure à la nutrition, et partant aux yeux du moraliste, parmi les fonctions dérivées, l'altruisme devra être supérieur à l'égoïsme. Telle est la démonstration de Littré. La supériorité de l'altruisme n'est pas pour lui, comme pour l'école anglaise, une question de plaisir ou d'intérêt, car il a rejeté la morale utilitaire ; — ni une question de perfection intrinsèque, comme pour les spiritualistes, puisqu'il n'admet aucun critérium absolu de bien ou de mal. Elle est donc une supériorité purement physiologique : l'altruisme est supérieur à l'égoïsme, parce qu'il est une fonction plus complexe. En vérité, cette raison est-elle bien suffisante pour persuader à l'homme qu'il doit réprimer son égoïsme et se sacrifier pour autrui? Il est clair que non. Eh ! que m'importe à moi cette supériorité de complication organique ? Si je préfère la tendance simple, celle qui va tout droit à la jouissance immédiate, sans passer par les détours

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