III. r.RiTioiiE. — mat^:rialisme et positivisme
de la gèiio et du sacrifice, au nom de quel princii)e me condamuerez-vous ?
Au nom de l'avenir de la race ? Mais Litlré lui-même nous enseigne que cet avenir est assuré, et que l'instinct supérieur triomphera fatalement des instincts inférieurs. Si ce triomphe est fatal, il se fera bien sans moi.
Cependant Littré ne semble pas avoir grande con- ^^l^^X fiance en la suffisance de son argument physiologique, L«tri.|ue. puisqu'il lui en adjoint un second tiré de la logique, tombant ainsi lui-même dans la même faute qu'il reprochait à Comte, de ne pas s'en tenir strictement à la biologie. En voici le résumé.
Le grand devoir de l'altruisme est de faire régner la justice parmi les hommes, or la justice n'est qu'une égalité ou identité logique qui s'impose à notre esprit. En effet, lorsque quelqu'un a commis une injustice, on estime, dit-il, tant bien que mal. le tort qui a été causé, de manière à rétablir l'égalité par une compensation raisonnable. Après la compensation faite, l'égalité mathématique est rétablie : A = A. Ainsi l'idée de justice ou d'injustice, c'est l'idée même d'égalité ou d'inégalité.
« A égale A, ou A diftère de B, tel est le dernier terme auquel tous nos raisonnements aboutissent, comme futur point de départ. Cette intuition est irréductible: on ne peut pas la dissoudre, l'analyser en d'autres éléments ; c'est une des bases de notre système psychique ou logi([ue. La notion de justice est donc une notion purement intellectuelle portée dans le domaine de Faction et de la morale (1 ). »
Quand nous obéissons à la justice, nous obéissons donc à l'évidence du principe d'identité. Cette évi-
(1) Littré, La science au point de x<ue philosophique, 3» édit., p. 338 et suiv.
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dence, en logique, s'appelle vérité; dans le domaine de l'action, la même évidence s'impose comme un devoir. Des deux côtés, c'est un commandement, un impératif catégorique, là pour l'esprit, ici pour la volonté.
Principe Nous accordcrons volontiers que l'idée de justice nèsîîfnf contient une certaine idée d'égalité, qui fait le fond '"''■ et la légitimité de plusieurs contrats, notamment de la vente, de l'échange, du prêt, etc. Il y a donc là un rapprochement légitime de deux idées. Mais ces deux idées n'en sont pas moins différentes. L'égalité ou identité mathématique, A = A, est une vérité-, la vertu de justice est un devoir ; or comment conclure légitimement de l'un à l'autre, sans tomber dans le sophisme qui passe d'un genre à un autre ? De ce qu'une chose est vraie, s'en suit-il qu'elle soit juste ; et de ce qu'elle est fausse s'en suit-il qu'elle soit injuste ?I1 est clair que non. On peut donc commettre une faute en disant une vérité, et toute erreur de calcul ou d'action n'est pas nécessairement une injustice. Comment donc s'ajoute au vrai ou au faux le caractère de justice ou d'injustice ? Littré ne le dit pas.
Bien plus, pourquoi le caractère de justice serait-il obligatoire, s'il n'est fondé que sur une simple égalité mathématique. Pourquoi l'égalité mathématique serait-elle préférable à l'inégalité ? Gomme l'observe très bien M. Fouillée : « A = A n'a pas plus de valeur mathématique que A < A ou A > A. Là où l'inégalité existe en fait, elle est la réalisation d'une idée mathématique au même titre que l'égalité ; et là où l'égalité n'existe pas, il n'y a aucune raison mathématique pour la rétablir. Les mathématiques constatent, mais ne réparent pas. Le mot de compensation sur lequel s'appuie M. Littré dans sa théorie de la