‹ La liberté et le devoirChapitre 173 sur 205 · III. CIUTIOIF;. — MAr^:RIALISME ET POSITIVISME · texte numérisé non relu

III. CIUTIOIF;. — MAr^:RIALISME ET POSITIVISME

Cet insuccès fatal de tout positivisme et de tout SnaTdJ einpirisme a asseoir sur ses bases une morale, est de- ri*n.e. sonnais démontre et reconnu. «Un empirisme conséquent, concluait Secrétan, ne se risquera jamais plus à formuler une morale, car l'idée de la morale implique un idéal qui s'impose universellement à la pensée, en d'autres termes une obligation... Un homme qui entend son j)ropre langage n'essayera jamais de tirer des faits (à l'expérience desquels il réduit toute connaissance) un di'oit qui s'élève contre les faits, qui les juge et qui prétend les régir (1). »

Ce jugement restera, croyons-nous, celui du bon sens et de la philosophie. 11 explique aussi pourquoi les orateurs positivistes en sont aujourd'hui réduits à de vaines déclarations sur la < force » de la science expérimentale, comme on la célébrait récemment au fameux banquet de Saint-Mandé (2) ; — ou bien réduits, à ce «mysticisme positiviste > que raillait si finement M. Faguet, lorsqu'il écrivait : < Notre race est idéaliste, foncièrement, et beaucoup plus qu'elle ne le croit.. Quand elle devient positiviste, elle croit à la science comme à une déesse protectrice, ou elle croit à Phumanité comme à une personne sacrée et divine ; et elle écrit Science, Humanité, et Progrès avec des majuscules. Notre dix-neuvième siècle est plein de ces majuscules et de cette théologie. Voilà ce que qu'on peut appeler le mysticisme positiviste (3). >

(1) Secrétan , Principes de la morale, p. 95 et suiv. — «Vos aînés n'ont pas réussi quand ils ont essayé de fonder la morale sur la science. Sur quoi vous fondez-vous pour espérer un meilleur succès '? » Anatole France, Les nouveaux mystiqties, Echo de l'aris,! déc.

(2) Berthelot, Cf. Scieyice et Morale.

(3) Faguet, lievue bleue, 11 mai 1893. — .\utres ouvrages à consulter : Abbé de Broglie, Le Positivisme et la science expérimentale ; La réaction contre le Positivisme; Caro, Littré et le positivisme ; Gru-

La morale de l'Evolutionnisme

Evolution spirituiiliste et matérialiste.

Principes a priori de l'évolution.

Les philosophes spiritualistes qui acceptent révolution comme un mode spécial de création, peut-être encore plus grandiose, n'ont rien à changer à la morale spiritualiste : aussi ce n'est pas d'eux que nous allons nous occuper, mais seulement des évolutionnistes matérialistes, qu'ils soient athées ou panthéistes. Apportent-ils quelque changement notable à la morale'j matérialiste déjà réfutée dans le chapitre précédent ; ont-ils inventé quelque élément nouveau de solution du grand problème de la morale ? C'est ce qu'il nous faut examiner. De toutes parts en etfet, autour de nous, on célèbre, sur un ton dithyrambique la « grande révolution > produite en morale par la « grande doctrine de l'évolution » ; on exalte « ce bouleversement des anciennes croyances morales, qui paraîtra sans doute à nos successeurs une révolution plus considérable que toutes les révolutions religieuses accomplies jusqu'à cejour (1) >. Il nous faut voir ce qu'il y a de vrai ou d'illusoire au fond de ces belles promesses, et si elles méritent la vogue et l'engoùment dont elles sont l'objet.

Quoique les évolutionnistes soutiennent la prétention de refaire la genèse du monde matériel et du monde moral, sans aucun mélange d'hypothèses métaphysiques, il leur arrive assez souvent de faire de la métaphysique, — sans s'en douter, — et même de

ber, S. J., Auguste Comte, sa vie, sa doctrine : Le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos jours ; Fouillée, Le mouvement idéaliste et la réaction contre le l'ositivisme ; Lévy-Briihl , La p/iilosopfiie d'Aug. Comte : A. de Margerie, Taine : etc.

(1) Fouillée, Critique des systèmes de morale, p. 2.

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