‹ La liberté et le devoirChapitre 176 sur 205 · III. CRITIQUE. — ÉVOLUTIONNISME · texte numérisé non relu

III. CRITIQUE. — ÉVOLUTIONNISME

en terminant un chapitre plein-d'un dédain alFecté pour la métaphysique, par ces paroles inattendues qui restfiront connue la meilleure critique de toute morale évolutionniste :

« Resterait à savoir si les inclinations et les idées scientifiques, « données » de la psychologie et de la cosmologie (t'volutionniste), épuisent tout le contenu de la morale. Supposez que la science positive aboutisse elle-même à démontrer </?/'// /y a un dernier problème qu'elle ve pent résoudre, Qi que cependant la pratique doit résoudre, et que ce soit précisément le problème moral... il faudra bien faire intervenir l'hypothèse métaphysique, rejetée par MM. Darwin et Spencer. Il faudra bien reconnaître ce que nous avons plus haut laissé entrevoir: que la métaphysique, avec ses conjectures sur l'univers, est au fond de la morale, et que, malgré ses obscurités, malgré ses doutes, elle réalise elle-même dans les actions de l'homme comme une spéculation sur l'inconnu dont l'obscurité augmente la sublimité (!!).. La doctrine de l'évolution oublie les « fondements métaphysiques » de la science des mo'urs. Par cela même, elle laisse la pensée et la volonté en face d'une antinomie non résolue (1). »

Ce retour à la métaphysique, fait sans doute de ^^,^.^^""1^ mauvaise grâce, mais d'une manière franche et loyale "f-^Pg*' qui l'honore, est un acte de bonne foi des plus significatifs. 11 faut donc, bon gré, malgré, rétablir les notions de bien et de mal, de devoir et d'idéal moral, en un mot de vérité métaphysique incontestable et absolue. Une vérité purement relative et conjecturale € forme transitoire de la pensée, destinée à disparaître un jour, > serait contestable et contestée, par-

(1) Fouillée, Critique des systèmes, p. 85.

tant sans autorité pour s'imposer à mon esprit, sans force pour l'attirer à elle. Toute la force des idées est dans leur vérité ; ou, comme l'a très bien dit M. Fouillée : « elles se réalisent dans la mesure de leur vérité (1). >

Voilà pourquoi, malgré sa profession de foi obligatoire en la relativité de nos idées morales, M. Fouillée en parle toujours pratiquement comme si elles étaient objectives, certaines et absolues. Sans cesse il parle de justice, de droits sacrés , inviolables, d'idéal moral supérieur ou inférieur, de devoir, de vertu, de solidarité, de désintéressement, de science et de vérité morales, avec toute l'assurance d'un dogmatiste. La seule différence est que la métaphysique est pour lui l'objet d'une foi aveugle, qui s'impose à son esprit par la nécessité d'agir ; pour nous, au contraire, c'est une 5c^ewc^ véritable, qui nous éclaire et nous guide. Mais il demeure acquis quon ne peut s'en passer, sans ruiner la morale (2).

(1) Fouillée, Ibid.. p. 22.

(2) Aiitres ouvrages à consulter sur la morale évolutionniste : E. Blanc, Les nouvelles bases de la morale d'après H .Spencer ; (Sarrau, Eludes stir l'Evolution ; Guyau, La morale anglaise contemporaine ; A. de Margerie, La morale évolutionniste : J. Gmeiner, Doctrina H. Spencer (Congrès scientifiq. intern. cathol., 1888) ; Gruber, Le positivisme depuis Coynte ; Wallace, Le Darwinisme : Mallock, La vie vautelle la peine de vivre ? ; Clemenceau, La mêlée sociale ; Lange, Histoire du matérialisme ; Izoulet, La cité moderne.

La morale du Kantisme et du Néo-Kantisme. Les rares criticistes encore fidèles à la pensée du ^>"\'o''»-

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maître, et les iiéo-criticistes les plus indépendants, '' "'»«"

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comme M. Renouvier, s'accordent tous sur le dogme fondamental de la relativité ou de \2i subjectivité de toute connaissance humaine. Tout l'édifice, bizarre et compliqué comme un obscur labyrinthe, élevé par Kantsui- cette base, est déjà de toute part lézardé et ruineux; seule la base est regardée comme immortelle, alors qu'elle est non moins fragile.

Certes, nous sommes des premiers à le reconnaître, la relativité de nos connaissances pourrait avoir un sens très profond et très vrai. La science de chacun est relative à son degré de capacité, et ses jugements ne portent que trop souvent l'empreinte de ses dispositions et de ses tendances personnelles et subjectives. La part du subjectif est donc très large dans nos connaissances. Mais cette concession ne serait pas suffisante pour les kantistes.

Partis de ce principe, ou plutôt de ce préjugé, que i,„p„gsj toute communication entre deux êtres quelconques, tel que le sujet sentant et l'objet senti, est radicalement impossible, sous prétexte qu'un être ne pouvant sortir hors de lui-même, «. hors de sa peau », toute action transitive est absurde, nos philosophes ont été conduits à nier l'évidence même de ce fait indéniable : nous touchons, nous sentons, nous percevons par les sens et par l'intelligence des objets étrangers : le moi est en échange de communications perpétuelles avec le non-moi.

Mystère ! si vous voulez ; mais fait universel et

ble de

sortir du

mot.

évident, qui doit primer tous les beaux raisonnements de nos modernes sophistes, parce que la vraie méthode scientifique consiste à constater d'abord les faits évidents, et puis à les expliquer si on le peut, sans les nier jamais. Suivant l'exemple donné par Aristote, « on constate d'abord qu^il y a éclipse » de luneou de soleil, «puis on en cherche l'explication >, mais on n'attend pas que l'explication soit trouvée, pour croire à l'éclipsé (1).

La méthode cartésienne des « idées claires ■», qui seules devraient trouver place dans notre esprit, est le renversement de la méthode positive et scientifique. Connais- Cependant, puisque le moi ne peut sortir de luiiihisofre même pour connaître le non-moi, les Kantistes en ont moi*."' conclu que les idées que nous en avions, telles que les idées de temps et d'espace, de quantité et de qualité, etc., n'étaient que des formes innées de notre esprit, provenant de l'organisation particulière de cet esprit dans la race humaine sur notre planète, et variable avec les temps et les lieux.

Supposez une cire consciente qui, après avoir reçu l'empreinte d'un cachet extérieur, se prendrait à raisonner ainsi : « La communication des substances entre elles étant impossible, le cachet, s'il existe, n'a rien pu me communiquer. Donc l'empreinte que je découvre en moi doit être une forme innée produite par l'organisation particulière de la cire et que je n'ai aucun droit d'attribuer au cachet » — Vous aurez

(1) L'explication d'Aristote et de S. Thomas a été longuement exposée dans les tomes I et V de ces Eludes. Deux molécules en contact, — dont l'une joue le rôle d'agent, l'autre celui de patient, — quoique impénétrables parleur matière, se pénètrent parleur force ou leur action. Laction de l'aqent est dans le patient. Le patient n'a donc pas besoin de sortir de lui-même pour avoir conscience de l'action qui le frappe, et pour connaître au dedans de lui-même quelque chose d'étranger à , lui-même. Le moi atteint donc immédiatonieiit quelque chose du nonmoi, V. g. son action résistante, figurée, etc.

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