III. CHITIOIE. — KANTISMK KT NÉO-KANTISME
une première idée assez ressemblante du suljjectivismekantisle.
Mais il y a {dus : ce n'est pas seulement le monde conn.;»-
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extérieur que nous n apercevons qu au travers de for- iiio.oire mes innées et sul)jectives,(iui lui donnent une apparence qu'il n'a pas, c'est encore le monde intérieur, le moi lui-même, qui n'est entrevu qu'au travers de ces mêmes idées de temps, de qualité, de relations, etc..
La théorie kantiste de la connaissance aboutit donc à ce résultat étrange : nous ne pouvons rien connaître ni du non-moi, ni du moi, sinon des apparences trompeuses; ce qu'il y a derrière ces apparences nous échappe entièrement : c'est le noumène à jamais inconnaissable. Nous ne connaissons réellement que notre manière de connaître ;— formalisme qui est une véritable contradiction dans les termes, car où il n'y a plus connaissance d'aucun objet, il n'y a plus de forme ou de mode de connaissance à connaître.
S'il n'y a plus qu'une connaissance apparente et il- coonais. lusoire des choses particulières et individuelles, à nSe plus forte raison de l'universel et de l'absolu. Pour rabsoiu. Kant,toutes les idées et tous les principes qui paraissant universels et absolus, ne sont pareillement que des formes de notre esprit, qu'il n'a aucun droit d'imposer aux choses. L'absolu est un noumène dont on ne sait ni « s'il est >, ni « ce qu'il est ». Et, en ell'et, comment pourrions-nous percevoir l'absolu ? Par une intuition directe des idées platoniciennes ou de l'essence divine ? Kant rejette à bon droit ce mysticisme. — Par l'observation empirique des phénomènes? Mais on a beau manipuler les faits particuliers, contingents et relatils, on ne leur fera jamais produire l'universel, le nécessaire et l'absolu. Kant rejette encore à bon droit un tel empirisme. Mais il a tort de conclure que son explication idéaliste, par des
formes innées de la sensibilité ou de l'intelligence, soit la seule qui reste et qui s'impose. Il y a encore l'explication de S. Thomas et d'Aristote, vieille de trois mille ans, et dont Kant ne semble même pas soupçonner l'existence. D'après eux, les faits ne sont que la réalisation contingente des idées ou des possibilités nécessaires et absolues. Il suffit donc à l'intelligence de voir le fait pour y découvrir l'idée qu'il réalise, de voir la chose moulée, pour comprendre son moule idéal.
Dans un cercle ou un carré très imparfait, tracé sur le tableau, l'intelligence contemple le cercle ouïe carré parfait, type nécessaire et absolu ; de même pour toutes nos idées métaphysiques ou morales. L'intelligence moule donc ses idées sur les réalités sensibles bien loin de mouler les réalités sur des idées préconçues : ce n'est ni l'empirisme, ni l'idéalisme, mais un « empirisme intelligent >, dont Kant n'a même pas essayé la critique, impor- Nous nions donc résolument l'existence de toute
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aveu de idce OU (16 tout jugcmcut a priori, et ruinons par sa base tout l'édifice kantiste. Kant a-t-il entrevu, après coup et trop tard, cette difficulté ? On le croirait, si l'on en juge par ces paroles glissées dans sa préface de la Critique de la raison pratique : « Ce qu'il pourraitarriver de plus fâcheux à ces sortes de recherches, ce serait que quelqu'un découvrit inopinément qu'il n'y a ni ne peut y avoir de connaissance «pWoW(l). > Son édifice serait, en effet, sapépar le fondement, puisqu'il n'y aurait plus de raison pure ou a pr^iori, ni de raison pure appliquée ou pratique. Certes la difficulté était assez grave pour mériter un examen. Kant se contente de la dédaigner en deux mots : < Il n'y a
(1) Kant, Critique de la raison pratique {Bzvm), p. 143.
m. CIUTIQUE. — KANTISME ET NÉo-KANTISMt; 'lOl
pas le moindre danger,dit-il avec une assurance allectée ; c'est coiiinie si (juelqu'un voulait montrer par la raison qu'il n'y a pas déraison.» — Ce reproche, Kaiit le mérite; car s'il y a quelqu'un qui a réduit à l'impuissance la raison, au nom de la raison, c'est lui. Pour nous, nous affirmons, ai] contraire, (jue la raison ne peut s'expliquer elle-même, comme le voudrait Kant, sans commettre un véritable suicide. Il faut donc l'expliquer autrement, et faire mouler nos idées sur les réalités, et non pas les réalités sur des idées préconçues. Notre nouveau Copernic, — la comparaison est de Kant lui-même, — eu changeant l'axe du monde, n'a réussi qu'à le faire tourner à l'envers, — direction qui malheureusement dure encore dans les idées de nos contemporains.
Ce rapide résumé d'une critique que nous avons exposée ailleurs (1), va nous permettre de comprendre quelle morale on peut faire sortir d'un tel système, et d'en apprécier la valeur. Y a-t-il même une science morale désormais possible?
Il y a lieu, en effet, de se demander tout d'abord si Touieles coups mortels, portés par Kant à toute science ''^'*
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spéculative, n'ont pas atteint par avance toute scien- p'^tique. ce morale, et si l'impuissance de la raison théorique n'entraîne pas l'impuissance de la raison pratique. Cette distinction elle-même de deux raisons, l'une impuissante, l'autre toute-puissante, n'est-elle pas inventée tout exprès pour les besoins de la cause, et pour éviter à la morale l'invasion d'un scepticisme, dont on ne veut à aucun prix pour elle, et qui serait cependant la seule conséquence logique ? On ne sau-
(1) Notamment dans le t. VI de ces Etudes : L'idée du conlinu dans l'Espace et le Temps ; — cf. T. Pesch, Le Kantisme et ses erreurs : Kant et la science moderne (trad. Lequien). :i6
rait échapper à ces doutes, lorsqu'après avoir lu les deux Critiques, on les compare ; il est facile de remarquer de l'une à l'autre un changement à vue, qui surprend et laisse soupçonner quelque vice secret, quelque contradiction cachée, qu'il nous faut découvrir. Dans la Critique delà raison pure, toutes les notions essentielles ou accessoires de la morale : la liberté, l'âme, la vie future. Dieu, toutes les vérités absolues, sont impitoyablement critiquées et rejetées comme des formes subjectives et illusoires de l'esprit humain.
Le Dans la Critique de la raison pratique, toutes ces
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de Kaat. mêmcs vérités absolues, Dieu, la vie future et la sanction, l'âme, la liberté, le bien absolu, etc., sont relevées de leur ruine et restaurées, « dans la mesure du besoin de la morale, > par un coup de baguette magique dont on recherche curieusement la légitimité.
Qu'est-ce donc que la raison pratique, et comment a-t-elle pu accomplir le prodige de ressusciter la morale défunte ?
On trouve dans Kant jusqu'à trois définitions différentes, mais également obscures, de la raison pratique : ce qui fait soupçonner la difficulté qu'il a dû rencontrer pour la distinguer, si essentiellement, de la raison pure.
Sans entrer dans les détails inutiles de sa terminologie subtile et étrangement embrouillée, nous en donnerons une idée claire, en disant que la raison pure devient pratique, lorsqu'elle impose la loi qui ordonne, lorsqu'elle l'exécute, ou bien qu'elle fournit les mobiles ou les moyens de son exécution.
Ainsi la raison qui pose des idées et cherche à les expliquer, aies lier, etc., est une raison pure ; celle qui impose les mêmes idées sous forme de commandement est une raison pratique. Mais, demanderons-