‹ La liberté et le devoirChapitre 180 sur 205 · III. i;HU10UK. — KANTISME KT NÉO-KANTISMK ilJJ · texte numérisé non relu

III. i;HU10UK. — KANTISME KT NÉO-KANTISMK ilJJ

Ainsi le fondement de l'obligation pour les Kantis- s.m tes, doit être purement formel, « sans explication, ■«** et sans motii >. — Si vous leur demandez dans quel *»"»• but et pour ((uel motif, la loi nous invite à obéir, on vous répond qu'il n'y a pas d'autre but ni d'autre motif légitime que le devoir lui-même. « Le devoir pour le devoir > , < obéir pour obéir >. Si vous insistez en démontrant que le devoir est un moyen et non un but, et que ce but ne saurait être que la perfection de l'être et son bonheur, Kant vous répond qu'alors même que la perfection de l'être et son bonheur seraient des conséquences de la loi, ces concepts étrangers et objectifs ne peuvent entrer ni dans la position de la loi, ni dans son exécution, sous peine d'hétéronomie.

« Qu'un être, dit-il, ait besoin du bonheur et qu'il san« en soit digne, sans pourtant y participer, c'est ce que d-espé-

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nous ne pouvons regarder comme conforme a la vo- de lonté parfaite d'un être raisonnable tout-puissant, lorsque nous essayons de concevoir un tel être (1). > Dieu veut donc que nous soyons heureux, mais il nous défend de rechercher le bonheur par le moyen du devoir ; nous ne pouvons rechercher qu'une chose « en être digne » ; « Fais ce qui peut te rendre digne d'être heureux ».

Dieu semble ainsi nous dire : «je te donnerai le bonheur si tu ne le veux pas ; mais si tu le veux, je ne te le donnerai pas !...> Le lecteur jugeras! c'est là un rôle raisonnable et digne de la divinité. Nous nous contenterons de demander à Kant à quoi serviront les « promesses > et les «( menaces » qu'il juge « indispensables > à la loi, si ces mobiles < étrangers > doivent être exclus de nos actions. Si ces mobiles nous sont indispensables, on ne peut nous défendre de nous

(1) Kaiit, Critiq . de la raison prat., p. 310,367-370.

rance oa

de

crainte.

en servir; ou bien, s'ils sont inutiles, supprimez les sanctions éternelles : ce sera plus logique, ^oirs?' Ainsi nous devons obéir sans connaître la fin où bonnlou ^^ devoir nous conduit, et sans même savoir si le v"^" devoir a un but. Même ignorance obligatoire sur l'objet même du devoir. Est-ce une chose bonne ou mauvaise qu'ilnous impose? Kant, lui, ne la croit ni bonne ni mauvaise, puisqu'il nous dira plus tard que le caractère bon ou mauvais vient uniquement de la loi qui prescrit ou qui défend. Mais alors pourquoi nous rimposer?Les pessimistes, de leur côté, la jugent mauvaise, tandis que les optimistes la déclarent bonne et même excellente. Mais ce sont là des éléments étrangers au devoir, dont il nous est interdit de nous occuper, puisque la loi commande catégoriquement sans condition, sans explication et sans motif: Hoc volo, sicjîcbeo, sit pro ratione volantas.

?eï^ Cette étrange situation de la volonté condamnée à Fouillée, une obéissance aveugle a été ainsi dépeinte par M. Fouillée : « Nous trouvons en nous une fenêtre ouverte sur un gouffre inconnu, nous avons beau regarder, nous ne voyons rien dans cet abîme ; mais nous entendons une voix qui nous commande «dictatorialement>denous jeter par cette fenêtre, sans nous dire pourquoi, ni si nous ne nous briserons pas dans la chute ; et cette voix, en dernière analyse se trouve être la nôtre, celle du moi que nous ne connaissons pas : la moralité consiste à sauter. C'est là ce que les Kantiens appellent l'absolu 7noral, un absolu qui a un bandeau sur les yeux, et ne fait que subir sous le nom de nécessité et de loi, une impulsion irrésistible, dont il ne voit pas la raison (1). > M. Janet et d'autres philosophes, au lieu de se dé-

U) Fouillée, Critique des systèmes, p. 181.

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