III. CIIITIOL'K. — MMhM.r^ I n DKI'l-.MiA STES
remarquer M. Fouillée devant l'Académie des sciences morales, lorsqu'il disait:
€ La solidarité naturelle que Secrétan invoque, et 'J^""]J* sur laquelle on insiste tant de nos jours dans certai- »'«'î"<^nés écoles, n'est nullement la solidarité rolontairr, et elle aboutit aussi bien à une doctrine d'intérêt que de désintéressement. Puisque nous sommes solidaires, dit Secrétan, dévouons-nous pour les autres; puisque nous sommes solidaires , lui répondront les égoïstes, servons-nous des autres. Deux forçats attachés à la même chaîne ne sont pas pour cela deux amis. Ils peuvent tirer de leur côté, jusqu'à ce que le plus fort remporte. Si le patron et l'ouvrier sont solidaires, ce pur fait entraine aussi bien la lutte entre eux que l'union (1). »
Que si la morale de la solidarité ne veut pas être Ne peut purement utilitaire, ou basée sur l'utilité sociale, si mTup'hîelle veut s'élever jusqu'au devoir et s'imposer à ma "'"* conscience, il ne suffit pas qu'on me dise : « Etre solidaire, agis en être solidaire », il faut qu'on me prouve pourquoi j'y suis tenu ; qu'est-ce que le bien, qu'est-ce que le mal, le devoir, la justice, l'idéal moral auquel je dois me conformer ; qu'on me prouve aussi dans quelle mesure j'y suis tenu, si l'individu doit être sacrifié à l'espèce, s'il a des droits individuels ou s'il n'en a aucun ; or toutes ces questions sont du ressort de la métaphysique.
Le vide produit en morale par l'absence d'idées mé- toisioï, taphysiques est si vivement ressenti par 1 ame de nos j«rdins. contemporains, que plusieurs ont essayé de le combler par une effusion de sentiments ou plutôt de vague sentimentalité et de poésie. De cette tentative
(1) Notice sur Cli. Secrél/rn, \ca.d. des sciences nior., 18 sept. 1897.
sont nées les morales de la 'pitié et de la sympathie, qui se distinguent des précédentes moins par le fond que par cette forme volontairement étrangère à tout appareil didactique et métaphysique.
Les romans philosophiques de Tolstoï (1), et chez nous les rêveries poétiques de Paul Desjardins et des néo-chrétiens ont pour méthode de « renoncer à la vérité objective» pour «s'en tenir à la vérité morale» ; — «trêve aux théories, retour à l'action»; — «il ne s'agit pas de savoir, mais d'abord d'aimer > ; — «on aimera les foules par besoin d'aimer », sans en chercher ni le pourquoi, ni le comment, car «je n'ai là dessus, dit M. Desjardins, que des rêves d'un profond et incommunicable amour » ; — « le bonheur est dans l'oubli du bonheur, dans l'action, dans le travail, dans la vaillance, dans la collaboration à l'œuvre collective, qui déjà nous immortalise ».
En somme, c'est une morale toute d'amour et d'ac-
La
morale tlou : « Aimcz et agissez ». Aofissez, nous redit-on sans
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sympa cesse, façonnez en vous l'homme nouveau, et façonnezle chez les autres! Maison oublie de nous dire quel est cet homme nouveau, cet idéal, et pourquoi nous devons lecréercheznousetchezlesautres. Aussi certains critiques ont-ils rallié cette agitation à vide, si généreuse soit-elle. « Agir n'est pas s'agiter, leur répliquait M. Séailles, on ne veut pas à vide pour vouloir ; les prédicateurs laïques qui dépensent leur éloquence à vanter les beautés delà foi, de l'action, en négligeant de dire ce qu'il faut faire, ressemblent à ces choristes d'opéra qui brandissent des épées de ferblanc, s'époumonnent à criei" qu'ils courent au com-
(1) Tolstoï,^ la recherhe du bonheur ; Fruits de la civilisation ; Yvan l'imbécile, etc., et surtout Résurrection, qui lui a attiré l'excommunication du Saint-Synode (mars 1900). C'est une sorte de christianisme sans dogme, et de morale sentimentale, socialiste et anarchique.
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