‹ La liberté et le devoirChapitre 194 sur 205 · III, CRITIQUE. — MORALES INDÉPENDANTES · texte numérisé non relu

III, CRITIQUE. — MORALES INDÉPENDANTES

bat, à la gloire, ot, rentrés dans la coulisse, s'essuient le front (1). >

De fait, ces généreuses initiatives, après un Ijriilant début, ont rapidement abouti à un avorlement lamentable,réalisantla prédiction de M.OUé-Laprune: « sans un accord sur les vérités au moins les plus essentielles, leur disait-il, l'accord pour l'action est une chimère.La bonne Volonté ne suffit pas pour agir et vivre : il faut une doctrine, une règle d'action et de vie. Pas de divorce possible entre Taction et la pensée (2).»

Encore plus abstraite et plus vide, serait la tentative Ba»«ude remplacer l'amour de ses semblables, la charité, par l'amour du Beau. Pour M. Ravaisson (3), comme pour Ruskin et autres apôtres de la morale esthétique, l'homme est fait, non pour penser, mais pour aimer tout ce qui est beau. Pour nous, nous croyons qu'il est aussi fait pour aimer tout ce qui est bon et raisonnable ; et que si lamour du beau peut être un puissant moyen de moralisation, lorsqu'on le dirige vers la beauté morale, il n'est pourtant qu'un moyen fort incomplet et non un but. Le buta réaliser dans l'action morale, c'est le bien et non le beau, ou si l'on cherche à y réaliser le beau, c'est uniquement lorsqu'il est la perfection et la splendeur du bien. Nous ne sommes point obligés d'être artistes, tandis que nous sommes obligés d'être bons et honnêtes, Un être purement esthétique, ne serait plus un être raisonnable.

Pour échapper à cette simple distinction, M. Ravais- Mor«ie

piirenieDt

son cherche à ramener le beau au bien, mais inutile- esDién-

que.

ment, car ce sont là des éléments irréductibles. Le beau peut être une splendeur accidentelle et supérieure du vrai et du bien, mais il ne leur est pas essentiel.

(1) Revue bleue, l" et S mai 1897.

(2) Cf. OUé-Laprune, Les sources de la paix intellectuelle.

(3) Ravaisson, La philosophie en France, au À7.Y* siècle.

Et l'amour de la beauté morale, ou du bien le plus parfait, est bien plus fondé sur l'amour du bien que sur l'amour de l'art : aussi manque-t-il à un si grand nombre d'artistes.

Inutile d'engager ici une discussion sur ce point capital d'ontologie. Il nous suffit de retenir l'aveu de l'impuissance moralisatrice du beau, s'il ne se subordonnait pas au bien ou s'il en était séparé. Que de fois, en effet, il en est ainsi, que de fois, au lieu d'élever l'âme, le culte du beau arrive à l'abaisser et à l'asservir, parce que le beau s'est séparé du bien et s'est écarté des lois de la morale ! Que de civilisations fières de leur culture artistique, et honteuses de leur dépravation morale!

L'amour du beau ne suffit donc pas à éveiller l'amour du bien et du devoir. Il faut vouloir les unir, et non pas les remplacer l'un par l'autre. Unir à l'amour du strict devoir, l'amour de la perfection et de la beauté morale, c'est compléter et couronner la morale, et non pas la fonder sur les lois de l'esthétique : son unique base doi t être les principes de la raison. et non pas les émotions variables de la sensibilité.

n. Parmi toutes les « idoles métaphysiques» qui épou-

indépon- vantent les libres-penseurs, la première, et celle qu'ils '''oieu.'** ont principalement visée, c'est, on le devine aisément, l'idée de Dieu. Aristote avait déjà remarqué que la métaphysique convergeait nécessairement vers l'idée de Dieu, comme les versants d'une colline vers son plus haut sommet, aussi avait-il pu appeler la métaphysique une Théodicée (1). Ce pressentimentinstinc-

(1) Aristote, Mêla., 1. VI, c. 1, S 13.

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