Sans Nous ajoutcrous que cela sert encore à donner à la
Dieu pas
de «ancUon. ^j^ ^ ^^^ notion de l'infini a ce double caractère de s'imposer et d'être incompréhensible. Quand cette notion s'empai'e de l'entendement, il n'y a qu'à se prosterner. » Pasteur, Discours de réception à VAcad. franc.
v2) Fouillée, Critique des systèmes, ip. 61. (3) fouillée, Ibid., p. 58.
m. CHITlOUi;. — MOHALliS I.NDÉI'EWDANTES -481
loi une sanction indispensable, puisqu'une loi qui manque de sanction et qu'on peut violer impunément, est une loi sans force. Et ce second rôle de l'idée de Dieu en morale n'est pas moins important.
Kant, après s'ôtre rapproché de la morale indépendante, par sa conception du devoir autonome et sans Dieu, s'en éloigne brus(iuement par sa croyance plénière en la vie future et ses sanctions nécessaires. Pour lui, c'est là on acte de foi ; un < postulat » qui s'impose à la conscience, et sans laquelle toute morale croule.
Heureusement pour nous, ce n'est pas par un acte de foi aveugle, mais par des raisonnements solides, que nous avons établi ailleurs la spiritualité de l'âme humaine, et partant son immortalité (l).Déjà ce grand fait est, pour nous, démontré autrement que par des nécessités morales. Il nous reste à examiner ici si la science morale pourrait s'en passer.
Et d'abord, n'aurions-nous pas le droit de nous sanction» étonner de la singulière distinction que les moralis- ""paTu* tes indépendants veulent établir parmi les témoigna- '""cT.*"' ges de la conscience? Ils admettent son témoignage quand elle commande le bien ou défend le mal, et le rejettent comme un préjugé quand elle proclame la justice de la sanction. Ils acceptent donc une moitié du témoignage, et suspectent l'autre moitié. Voilà qui nous paraît pleinement arbitraire, car si la conscience peut nous tromper sur la sanction, elle peut aussi nous tromper sur l'obligation.
Mais n'insistons pas sur cette position peu logique prouvées de nos adversaires ; supposons qu'il soit permis, mal- ,.J|.j^,. gré la conscience qui proteste, de nier la sanction morale d'un juge suprême, — ne voyez-vous pas que
(1) V. Le cerveau, l'dme et les facultés, p. 460 elsuiv.
moral .
cette négation va changer tout à coup l'axe du monde moral, et transformer ce monde que nous avions cru, sinon le meilleur possible, du moins essentiellement bon, en un monde essentiellement injuste et mauvais? N'est-ce pas la destruction de toute idée de justice, et le triomphe assuré du Pessimisme, que le spectacle de la vie présente où tant d'honnêtes gens gémissent et souffrent dans les humiliations et les misères imméritées, tandis que les méchants vivent dans les honneurs et l'opulence ; où la plus grande partie du genre humain travaille à la sueur de son jfront, pour entretenir la vie et les plaisirs d'un petit nombre d'heureux ? C'est à peine si les sanctions de la vie future et les espérances de la foi chrétienne peuvent réussir à atténuer l'injustice apparente de ce grand scandale ; que sera-ce si vous les supprimez ! Il est clair qu'alors l'ordre du monde apparaîtra souverainement injuste, et contraire à la loi d'équité que nous portons dans nos cœurs. Il apparaîtra semblable à l'enfer du Dante, lorsque vous aurez écrit sur la porte: « Vous qui entrez, laissez là l'espérance ! »
Que si Tordre du monde est mauvais, comment persuaderez-vous à l'homme de se soumettre à cet ordre, d'observer la loi de justice et de charité qui n'est pas observée à son égard, et ne sera jamais observée, ni dans le temps, ni dans l'éternité ? Il refusera logiquement ce rôle de dupe qu'on voudrait lui imposer ; et la lutte sauvage pour l'existence, surtout s'il est le plus fort, lui paraîtra la meilleure défense contre l'injustice du monde.
Vous aurez ainsi porté la plus rude atteinte à cette loi morale que vous vouliez affermir, et même ajoutezvous, p-wr/^^r et dégager de tout bas intérêt. Garc'estici une prétention nouvelle, et non moins surprenante, de nos moralistes indépendants, qui mérite examen.
m. CRITIOUE. — MOHALES INr)BI'RNDANTES W3
En supi)rirriant la sanction, nos adversaires pré- ojjectendent, en effet, purifier la morale. L'idée de rémuné- N«>«f
' . moral*
ration en ferait un calcul, une spéculalion, qui avili- \»-»Me* rait la vertu. Les chrétiens, disent-ils, ne font le Iden que par peur de l'enfer ou par l'espoir du ciel, ils travaillent comme des mercenaires, en vue d'un pourboire ; seuls, les libros-i>enseurs partisans de la morale sans Dieu, n'ayant pas d'espérance, agissent en hommes vertueux.
Une si sotte prétention mérite bien ({u'on la fustige un peu, et voici comment un orateur de N.-Dame s'est magistralement acquitté de la tâche.
« Quand je les entends reprocher à la morale chré- Répons tienne d amoindrir la vertu et d en faire un marche, J'unut. ah ! je vous l'avoue la patience m'échappe, et je ne résiste plus au besoin de rappeler ces messieurs à la pudeur ! Quoi ? leur dirai-je : c'est vous qui allez défendre contre l'Evangile la dignité de la conscience humaine ? Jésus a dit un jour cette parole, que jusqu'ici on avait cru fière, et qui avait inspiré de sublimes actions : « Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps, mais qui, après cela, n'ont plus de mal à vous faire. Je vais vous montrer qui vous devez craindre. Craignez celui qui après avoir tué le corps, peut jeter l'âme en enfer. Oui, je vous le dis, craignez celui-là (1). » Surlafoidecettepai'ole,on avait vu des femmes, des enfants, des vierges de quinze ans, braver les tyrans, résister aux proconsuls, refuser l'encens aux idoles, en présence des bûchers allumés et de l'appareil des supplices. On avait pris cela pour de l'héroïsme. Erreur! Ces réfractaires de l'apostasie n'étaient que des joueurs. Ils jouaient sur la félicité, et, pour lever le titre du Paradis, ils payaient la dif-
(1) Luc, XII, 4, 5.
férence du martyre. Vit-on jamais plus basse conduite,déguisée sous de plus honorables dehors? Ah ! parlez-nous des modernes moralistes ! Ce ne sont pas eux qui réduiraient la vertu à de vils calculs ! Ils aiment mieux nous la montrer sortant des bas-fonds de l'animalité, par une génération spontanée, comme les abeilles de Virgile naissaient de la pourriture. La tempérance, la chasteté, la justice, la pi tié, le dévouement, tout cela ce sont des appétits épurés par la sélection naturelle et par le frottement des égoïsmes. Qu'on ne nous parle plus de peines ou de récompenses. Gela nous gâterait notre idéal. Des raffinés comme nous peuvent bien cousiner avec les singes ; ils ne sauraient, sans déroger, fraterniser avec les martyrs (1). »
craiote Après ce mouvement bien léafitime d'indionation,
servile et ^ ^ ° o '
crainte 1 orateur cxpose clairement la réponse à l'accusation.
filiale. '^ ^
Tout d'abord, les théologiens sont unanimes à condamner la crainte purement servile du châtiment, comme l'espérance purement mercenaire de la récompense. « Si la sanction tendait à remplacer le sentiment du devoir par l'espoir ou la crainte ; si à l'idée d'une obligation absolue elle substituait un simple pacte : fais le bien et tu seras payé ; fais le mal et tu seras châtié ; alors, sans doute, il faudrait reconnaître que la morale subit une déchéance. Mais non, la sanction éternelle ne se substitue pas au devoir, elle s'y superpose. Elle vient au secours des volontés défaillantes et leur fournit un nouveau motif d'être fidèles au bien. > Ceux qui ont besoin de ce soutien méritent autre chose que notre mépris...
Oui, il y a déjà quelque chose d'élevé et de noble, a sacrifier les plaisirs grossiers des sens aux joies spiri-
(1) D'Hulst, Uonfér. de N. D., 1891, p. 195.