III. CRITIQl'E. — MORALFS INDÉPENDANTES
OU sa passion, et votre amour du risque, ne pouvant s'imposer à la conscience, n'aura pas du tout remi)lacé le devoir.
En outre, le risque physique n'est pas nécessairement lié à tous les devoirs. Il est des devoirs sans risque de souiïrance pliysique. Et, au contraire.ee risque se trouve uni à bon nombre de vices, et même aux plus grossiers ; cet amour du risque, s'il reste aveugle et sans direction supérieure, peut donc nous porter à ne pas pratiquer des devoirs trop faciles, et à pratiquer des vices périlleux. C'est donc une tendance anarchique qui n'a pas l'ombre de moralité.
La théorie du risque physique est donc gravement insuffisante : aussi notre auteur nous propose-t-il d'y joindre l'attrait d'un autre risque, le risque delà pensée, ou risque métaphysique.
C'est la cinquième Qi dernière formule, qu'il nous '^'"X!^" reste à examiner. L'amour du.risque ne porte pas seu- ",/yj* lementànous exposer à une souffrance physique, mais encore à nous exposer à une erreur de la pensée. Il y a des « erreurs fécondes» qui ont fait, paraît-il, plus de bien à l'humanité que des « vérités trop étroites et stériles». Du reste «on nepeut pas juger les théories métaphysiques sur leur vérité absolue, qui est toujours invérifiable ; mais un moyen de les juger, c'est d'apprécier leur fécondité. Ne leur demandez pas alors d'être vraies... >, il suffit qu'elles soient fécondes. L'amour du risque nous portera donc à les embrasser, malgré leur invraisemblance, peut-être même à cause de cette invraisemblance ; or telle est l'hypothèse métaphysique du devoir et de la vertu.
Pascal, dans son fameux pari, soutenait que si Dieu et la vie future étaient douteux, il faudrait encore y croire parce que c'est le parti le plus sûr. Notre auteur a renversé et mis au rebours le célèbre argument ; son
amour du risque le portant, au contraire, au parti le moins sûr, il doit se risquer à ne pas croire à Dieu ni à la vie future. Mais une fois qu'on a supprimé la vie future, il ne reste plus que la vie d'ici-bas. Or le devoir et le sacrifice qu'il exige deviennent alors le parti le moins sûr, puisqu'il n'y a plus de récompense assurée. Voilà un noble risque à courir, plus séduisant que les risques de la chasse, de la guerre et autres risques physiques. Il séduira les âmes et remplacera l'obligation.
Tel est, ce nous semble, le subtil raisonnement que laisse entrevoir la pensée énigmatique de l'auteur.
Eh bien, nous ne comptons guère sur son efficacité pour remplacer le devoir. Il est d'abord si subtil, qu'il sera à peine compris par l'immense majorité des humains, et ceux qui comprendront ne seront pas convaincus.
Comment, vous commencez par déclarer le devoir douteux, très douteux, comme non existant, et c'est sur ce doute même que vous comptez pour fasciner les belles âmes et les entraîner à la conquête de la vertu, comme dans le risque d'une glorieuse aventure ? Mais ce n'est pas sérieux. Gombienen fascinerez-vousdela sorte? aucuneou bien peu.Etlesautres,cellesdu genre humain tout entier, comment les convaincrez-vous? Si ellesrefusentde vous suivre, commentleurprouverez-vous qu'elles ont tort? Et si vous ne pouvez prouver qu'elles ont tort, que devient votre équivalent du devoir? Vousnousaviez promis une moralequi n'obligerait pas et que tout le monde embrasserait quand même. Celle que vous nous donnez n'oblige pas, je le reconnais sans peine, mais je ne vois pas comment elle peut s'emparer de l'humanité.
Tels sont les fameux « équivalents du devoir ». Pour les résumer, groupons-les par ordre : 1° le be-