III. CRITIOUK. — MORALES IJJDÉÏ'ENDANTES
soin d'agir et de se répandre; 2" la force de l'idéal: Réunie maximum d'intensité et d'extensité de la vie: 3° le cHUque progrès croissant des instincts sociaux; 4" l'amour «équiT.du risque physique ; 'o" l amour du risque métaphysique.— J'ai beau les rapprocher et les examinerje ne parviens pas à y découvrir une ombre de direction morale. Je vois là des faits et non des principes de conduite. Ce sont des faits, des tendances physiques ou intellectuelles, qu'il ne suffit pas de développer par l'éducation, comme on nous le propose, car elles n'ont rien de moral par elles-mêmes: loin de produire nécessairement le bien, elles produisent aussi le mal, et sont incapables de remplacer le devoir.
Consultez, en eiret,les vies des grands criminels, des célèbres brigands et des grands aventuriers, fléaux du genre humain, vous les verrez précisément dominées par ces besoins exubérants d'action et d'expansion, visant au maximum d'intensité et d'extensité de la vie, dominées par un idéal de leur choix, et par l'amour impétueux de tous les risques physiques et métaphysiques.
Constater, analyser, décrire ces tendances naturelles et instinctives, voir leurs évolutions dans le passé, prédire même leurs transformations dans l'avenir, peut être une science instructive, qui s'appelle «l'histoire naturel le des instincts et des mœurs >; ce n'est pas encore de- la morale. La morale a pour but d'éclaiier et de diriger ces instincts, parla distinction du bien et du mal, et une règle de vie. Or on nous propose, au contraire, de supprimer cette règle avec la distinction du bien et du mal, et de nous fier à la direction naturelle et spontanée de cesinstinls: ce n'est plus là une morale quelconque, mais la suppression même de toute morale. La suppression du devoir entraîne donc la suppression de la morale elle-même;
chercher des équivalents au devoir, c'est la véritable quadrature du cercle de la morale positiviste. On ne remplace pas le devoir.
La En présence de ces résultats négatifs de cette mo- '" la*' * raie soi-disant scientifique, et après les orgueilleuses scJnce. espérances qu'elle avait conçues et bruyamment annoncées, de détrôner et de remplacer « l'ancienne morale », je ne m'étonne plus que les esprits les plus distingués de notre temps, un instant séduits et ébranlés par ces pompeuses promesses, aient fini par proclamer publiquement « la faillite morale de la science », ou plus exactement peut-être « la faillite de la nouvelle morale déguisée sous le masque de la science moderne». Cette faillite, qui ne pouvait être plus lamentable, a été pour ces esprits la preuve la plus éclatante de la vérité de la « bonne vieille morale de nos pères », et aussi de la nécessité de la religion chrétienne qui, seule, en est la dépositaire et la gardienne indéfectible, à travers les âges.
C'est là un nouveau point de vue, et un nouveau champ de bataille, où il nous faut encore suivre la morale indépendante.
iiiraie H est clair,en effet, que la nouvelle morale est, avant dîrdê tout et par-dessus tout, indépendante de l'idée chrétienne.Libre sur tout le reste, c'est à peu près là le seul < dogme sans preuve » qu'elle impose à ses croyants, la seule vérité absolue devant laquelle ils doivent fléchir le genou. « A dire vrai, écrit M. Fouillée, l'indépendance de la morale par rapport à la religion (positive ou naturelle) est un point sur lequel sont d'accord presque tous les philosophes dignes de ce nom (1). »
la Religion.
(1) Fouillée, Critique des systèmes, p. 62.