I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA PSYCHOLOGIE
je ne saisis pas ici le lien de causalité, mais seulement une simple succession de phénomènes n'ayant entre eux d'aiitie rapport que le temps, c'est évidemment mentii- à sa conscience.
De môme pour la seconde et la troisième période de reflbrt volontaire. Lorsque je dirige mon esprit d'une considération à une autre, regardant tantôt un aspect de l'objet, tantôt un autre, je saisis à la fois le mouvement de mon esprit et le moteur qui est ma volonté, ainsi que la relation causale qui est encore l'efFort. Lorsque, après une délibération plus ou moins longue, je fixe enfin mon jugement et j'arrête mon choix, je constate derechef un effort volontaire et une causalité.
Le quatrième et dernier stade de l'elfort — l'effort musculaire' — est,j'enconviens volontiers, unpeu plus obscur, parce qu'ici, à la causalité consciente de la volonté qui commande aux membres, s'ajoute fort probablement la causalité inconsciente d'agents matériels et physiologiques, influx nerveux, contractilité musculaire, et autres causes plus ou moins inconnues des physiologistes, qui servent d'intermédiaire entre la volonté et l'organe mis en mouvement. Aussi accorderons-nous que le sentiment complet de l'elTort musculaire résulte, au moins enpartie,(iQ cet état physiologique de tension nerveuse et de mouvement. Pour l'étudier pur et dégagé de tout alliage physiologique, il vaudrait mieux étudier l'efïort musculaire chez le paralytique. Là nous constatons le sentiment d'un effort impuissant à soulever le bras, à remuer la jambe ou quelqu'autre membre, c'est-à-dire d'une causalité agissante mais vaincue par un obstacle.
Le sentiment de causalité brille donc d'une évidence nous indéniable au sein de notre conscience. Reste à savoir si nous y découvrons aussi clairement le sentiment
sentons
notre
liberté.
de la causalité libre. Pour l'examiner, reprenons encore une fois, à ce nouveau point de vue, notre analyse des quatre stades de l'elïort.
a)Liberté L'arrêt qui suspend brusquement le cours d'une de rat- - . . ^ 1 , . . - . ■
teniion. distractiou OU d une rêverie, n est pas toujours volontaire et libre. On peut se réveiller d'un songe brusquement et en sursaut, sans l'avoir commandé ; le distrait, en se heurtant sur son chemin, revient de sa distraction, et s'aperçoit qu'il a fait fausse route. Entre la cause et TelFet suspensif, il y a sans doute ici un lien, mais c'est un lien physique nécessaire, car nous sentons que nous n'y sommes pour rien. C'est sans l'avoir voulu qu'on s'est réveillé en sursaut ; c'est sans l'avoir cherché que l'étourdi ayant heurté la borne est revenu à lui-même. Nous sommes étrangers à une telle causalité qui est subie par nous , mais sans nous ou malgré nous.
Au contraire, voici qu'arrivé à la bifurcation d^me route où je chevauchais, en rêvant, j'aperçois la bifurcation et suspends tout à coup la marche rapide de ma monture, pour délibérer sur le véritable chemin où je dois m'engager. J'aurais pu ne pas délibérer, car j'ai d'autres fois suivi la même route, mais je crois plus sage de n'agir qu'à coup sûr et après avoir consulté mon guide. Il est clair qu'ici l'arrêt n'est plus involontaire ; je pose la cause d'un acte suspensif, et pourrais à la rigueur ne pas la poser, car je suis à peu près sur de mon chemin. Je pose donc une causalité volontaire et libre; je sens que je suis ici le maître de mon acte suspensif, aussi clairement que, dans le cas précédent, j'avais senti que je n'y étais pour rien. Le contraste est saisissant et instructif. 6>Liberié Daus l'effort de délibération qui va suivre, la maîdéiL^a- trise de ma volonté sera encore plus manifeste. Voici que je découvre sur le plan de mon guide un autre