I. LA LIHKIITÉ. — t.A MBKHTK ET LA PSYCUOLOGIE
nir les mobiles de notre intellif^ence et de notre volonté réfléchies, (jifeii cessant d'être inconnues et inconscientes. En d'autres termes, il est contradictoire de supposer que l'intelligence soit éclairée et mue par des motifs inconnus, la conscience par l'inconscient.
Ainsi, par exemple, un sentiment inconscient de jalousie ne peut produire qu'un mouvement de dépit involontaire ; pour produire un dépit rélléchi et volontaire, il faut qu'il soit perçu par l'intelligence et accepté par la volonté, c'est-à-dire qu'il cesse d'être inconnu et inconscient : Nihil volitum nisipr(rco(initiim.
La troisième observation portera sur une question Tn.isiè défait. L'objection repose sur une donnée incomplète rëp du fait de conscience. Le témoignage de la conscience de notre liberté n'est pas seulement négatif, comme on semble le croire, il n'atteste pas l'ignorance des motifs qui nous font agir, mais au contraire il atteste que nous avons connu et examiné les motifs auxquels nous cédons, et qu'aucun de ces motifs contingents ne nous a paru absolument nécessaire, car ils sont tous imparfaits, et nous ont tous présenté des raisons d'être refusés. Enfin, ce témoignage n'atteste pas seulement l'absence de toute cause nécessitante, mais il constate en outre la présence d'une cause maîtresse d'elle-même qui se manifeste dans son exercice, et qui s'affirme en se déterminant elle-même, parce qu'il lui plaît de se déterminer ainsi et non autrement.
Assimiler ce témoignage à un aveu d'ignorance, c'est mutiler le fait le plus manifeste de la conscience, pour le plier à des théories préconçues ; c'est en outre rendre inexplicable le contraste de ces états où, dans le calme et la pleine possession de nous-mêmes, nous avons une conscience positive de notre liberté, avec les états de trouble où, cette conscience disparais-
sant, nous ne nous croyons plus libres ni responsables.
Une Cette réponse nous paraît décisive ; il semblera
instance. i i n . i . , • »
cependant qu elle ne repond pas a certaines préoccupations de plusieurs contemporains, excellents spiritualistes pourtant, comme M. Fonsegrive, qui persistent à croire que notre liberté se prouve parle raisonnement,mais ne se peut constater parlaconscience, attendu, disent-ils a priori, que c'est impossible : « Gomment la conscience pourrait-elle atteindre la cat«5e profonde d'où jaillissent en nous les actes libres ? Et, si cette cause échappe au regard direct de la conscience, ne faut-il pas faire intervenirle raisonnement pour suppléer à la lacune de son témoignage ? > Avant l'acte libre, nous objectent ces philosophes, il n'existe dans l'âme qu'une purepuissancequi ne se manifeste pas encore à la conscience ; S. Thomas luimême le reconnaît : « Nihil est cognoscihile nisi in quantitni est actu ».Dès que l'acte libre a apparu dans la conscience, il est déjà déterminé par notre décision, et nous ne sommes plus libres qu'il soit autrement qu'il n'est ; la liberté ne se montre donc ni avant, ni après nos actes, au regard direct de la conscience. La puis- Mais ce dilemme n'est pas concluant, car il oublie
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estincon- uu dcs termcs csscutiels. L'observation intérieure, en
sciente. ,
eiiet, peut porter non seulement sur ce qui se passe en nous avant Qi après nos actes libres, mais encore sur ce qui se passe pendant que l'acte libre s'élabore et se pose, ou dans ce processus complexe et laborieux, qui fait passer la volonté de la puissance pure à l'acte complètement achevé, et qui est lui-même, suivant le mot si profond d'Aristote, un « acte incomplet » en voie de se parfaire. C'est là que nous