I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA MKTAPIIYSIOI'E
d'alternative possible, puisqu'il ne s'agit pas de propositions contraires mais contradictoires. « Si donc il est nécessaire (jue de toute affirmation et de toute négation, soit dans les propositions universelles, soit dans les singulières, l'une soit vraie et l'autre fausse, il n'y a plus d'indétermination ni de hasard dans les choses, mais tout arrive fatalement. Il ne faut donc plus délibérer, ni agir. Or c'est là, évidemment, ajoute Aristote, une conséquence absurde (1). » Aristote remarque, en elTet, que les rèjjfles des con- Arpu-
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tradictoires ne sont plus les mêmes dans le cas ou çomra-
dicloires
l'une des deux propositions est déjà déterminée et réalisée, et dans le cas où aucune des deux propositions n'est encore ni déterminée ni réalisée. Ainsi si je parle du passé : Pierre a péché', Pierre n\i pas péché ; ou bien du présent : Pierre pèche ; Pierre ne pèche pas^ il est clair qu'une des deux alternatives étant déjà réalisée et vraie, c'est l'autre qui doit être nécessairement fausse.
Dans le cas proposé, au contraire, de deux propositions futures, aucune des deux n'étant encore ni vraie ni fausse, la nécessité logique ne porte ni sur le premier terme ni sur le second, mais uniquement sur leur existence future simultanée. Ni la culpabilité future de Pierre,ni son innocence future ne sontdétei'minées; une seule chose est déterminée et nécessaire, c'est qu'il ne sera pas à la fois, sous le même rapport, innocent et coupable.
L'argument des contradictoires n'est donc (lu'un »'i"'
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pur sophisme de logicien. Cependant nousne dissimulerons pas qu'on pourrait lui donner une apparence beaucoup plus grave et redoutable, en se plaçant à un nouveau point de vue, celui de la prescience
(1) Aristote, De inlerpret., IX.
divine. Si l'une des deux contradictoires : Pierre péchera, Pierre ne péchera pas, est déjà déterminée dans la pensée divine, l'exclusion de l'autre ne devientelle pas nécessaire ?
Mais la question ainsi posée se trouve complètement transformée, et comme elle se ramène à la difficulté de la prescience divine, et même à celle de la prescience humaine ou angélique, qui parfois pourrait être certaine, comme nous le verrons plus loin, nous ajournons en son lieu la solution de cette difficulté. Qu'il nous suffise de rappeler que la causalité de la cause première n'a rien des imperfections des causes secondes : bien loin d'empêcher la liberté, elle concourt à la produire ; loin d'être une prescience, elle est une vision éternelle des choses contingentes ; vision infaillible mais pas nécessitante, qui n'altère en rien la nature des choses vues.
Le Gomme le principe de contradiction, celui d'iden-
SK- tité a été aussi opposé par les déterministes à la possibilité du libre arbitre. Voici de quelle manière.
L'âme est ce qu'elle est ; impossible qu'elle change de nature, qu'elle se métamorphose de façon à être autrement qu'elle est dans un instant donné. Or si dans ce même instant, elle pensait et agissait autrement qu'elle est, elle changerait de nature. Donc elle pense et elle veut, nécessairement comme elle est.
La Mettrie résumait ainsi, en se l'appropriant, cet argument des stoïciens :
objcciion << La même chose ne peut, au même instant, être et n'être pas, il n'est donc pas possible qu'au moment où l'âme agit, elle agisse autrement; — qu'au moment où elle choisit, elle choisisse autrement ; — qu'au moment où elle délibère, elle délibère autre-
te.
de La Mellric.