‹ La liberté et le devoirChapitre 51 sur 205 · I. LA LIBKItTK. — LA LIBERTÉ ET LA MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

I. LA LIBKItTK. — LA LIBERTÉ ET LA MÉTAPHYSIQUE

Sans doute, aux yeux de tous, ce n'est \>as l'action extérieure ou physifiue, exécutée sous le commandement de la liberté, qui manquerait de cause, puisque sa cause est la liberté même ; mais c'est l'acte in^erw^, l'acte même (le la liberté, la résolution, le clioix, qui serait sans cause.

« La condition de ce qui arrive, dit Kant, est appelée opinioo cause, et la causante inconditionnée de la cause dans le phénomène est appelée liberté. y> — Et ailleurs, plus clairement : « la liberté est la faculté de commencer absolument un état, par conséquent une série d'états, en vertu d'une spontanéité absolue (1 j ; — ou bien « un pouvoir de commencer de soi-même une série de modifications. »

DepuisKant, cette notion de la liberté, qu'on aurait pu trouver en germe dans les écrits de Leibnitz, deSpinosa, de Hamilton et des déterministes antérieurs, a été adoptée sans conteste par presque tous nos contemporains, et nos meilleurs spiritualistes s'oublient parfois jusqu'à en faire un titre de gloire à son inventeur.

€ On ne peut nier, écrit l'un d'eux, que Kant n'ait J^^JJfait faire un grand pas à cette question (de la liberté) &"'«• qui nous occupe. Le premier il a donné de la Liberté cette définition, sous-entendue (?) au fond de tous les anciens débals, et que personne n'avait encore si clairement formulée : la liberté est une cause qui commence une série de phénomènes dont le point de départ est en elle seule. C'est cet absolu pouvoir qu'en dehors des théologiens (?), la plupart des grands penseurs de l'humanité ont refusé au libre arbitre (2) î>

De même M. Piat : € La vinie notion de la liberté, Je m.

r;ilil)C

Pial.

(1) Kant, Critique de la raison pure, n° 401) (Tissol, p. 79). —Cf. Critique de la liaison pratique.

(2) Fonsegrive, Es^ai sur le libre arbitre, p. '242 (1" édit ).

Kantraéclaircie, lorsqu'ilacomprisractelibrecomme un phénomène qui n'a pas d'antécédent (?) et la Liberté comme une puissance de commencer par soimême une série de mouvements (1). »

de M. M. Renouvier qui a défendu, lui aussi, si vaillam-

Renou- , ^ 55

vier. ment, 1 existence de la liberté ne discute même pas la définition deKant. Le libre arbitre est pour lui « une cause qui commence une série de phénomènes dont le point de départ est en lui. seul, ilest donc une véritable cause première, absolue, il cause et rien ne le cause; les actions libres sont des actions qui commencent absolument. L'homme a donc le pouvoir de commencer des séries nouvelles, il peut diriger ses pensées comme il l'entend (2j. »

de M. « Le miracle de la nature, écrit de son côté M. Lachelier, en nous comme hors de nous, c est 1 invention ou la production des idées, et cette production est libre, dans le sens le plus rigoureux du mot, puisque chaque idée est, en elle-même, absolument indépendante de celle qui la précède, et naît de rien, comme un monde (3). >

de M. Le € miracle » impliqué dans une telle conception

Fouillée. r n r

est en effet si grand, que Lachelier a fini par le rejeter complètement, Renouvier par le déclarer complètement inexplicable, Fouillée par le confondre avec une < indépendance absolue », ou une « asséité » !! — et Kant par ne retenir que le mot de liberté, eu supprimant la chose, désormais reléguée dans un monde nouménal où le principe de causalité ne s'appliquerait pas.

On commence à entrevoir que la philosophie moderne, partant d'une fausse notion, s'est acculée dans une impasse. N'y aurait-il pas une autre voie?

(1) Piat, La liberté, t. I, p. o43.

(2) Fonsegrive, Essai sur le libre arbitre, p. 287.

(3) Lachelier, Thèse sur le fondement de l'induction.

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