I. LA I.IUKMTB. — L\ LIBEUTK F.T LA MRTAPUYSIQUE
S. Thomas va nous répondre par une théorie aussi lumineuse que profonde et géniale.
La volonté de l'homme, nous dit le S. Docteur, est Docirine
,,,,, . !.. 11 contraire
mue tout d abord nécessairement par 1 auteur de la de s.
1 1- 1 llioina».
nature, vers le bien en général, c est-à-dire vers le bonheur. Sans cette motion première vers ce but général, l'homme ne pourrait rien vouloir, car sa volonté ne pourrait passer toute seule de la puissance à l'acte. Mais une fois la volonté mise en branle ou en acte vers ce bien général, il n'est plus impossible qu'elle se meuve et se détermine elle-même, à la lumière de la raison, à vouloir tel ou tel bien particulier réel ou apparent. Une fois mise en acte, elle porte en elle-même son propre moteur : ce premier acte excite la volonté à en produire un second. Le désir de la lin la pousse à en rechercher et choisir les moyens. En sorte que l'acte libre de la volonté ne manque ni de cause finale, ni de cause excitatrice, ni de cause efficiente.
Voici le texte dans toute sa précision : « Dicendum quod Deus movetvoluntatem hominis sicut universalis motor, ad universale objectum voluntatis , quod est bonum ; et sine hac universali motione homo non potest aliquid velle ; sed homo per rationem déterminât se ad volendum hoc vel illud, quod est vere bonum vel apparens bonum (1). » Remarquons bien que dans ce passage S. Thomas son
^ , , vérit.ilile
n'a nullement lintention de nous apprendre que le .<ens. second acte delà volonté, par lequel elle se détermine elle-même librement, exige un concours naturel de
(1) s. Thomas, la -i», q. 9, a. (!, ad 3. — « Ex hàc iiaturali voluntale (in linem ultiuuun seu bealitiulineiiO causantiir omnes alin» voluntates, cuni quiqiiid homo vuU, velit propter finem. Dilectio i^^itur boni, quod homo naturaliler vult sicut tineni, est dilectio naturalis ; dilectio anlem ah hac derivata, qua^ est boni quod diligitur propter finem est dilectio electiva. » (S. Thomas, P, q. 60, a. 2, c.)
Dieu, ni quelle est la nature de ce concours. La question du concours divin à l'acte libre, d'ailleurs si difficile, n'a rien à voir avec la question présente (1).
Il veut nous apprendre seulement que l'acte libre est précédé d'un premier acte nécessaire, par lequel nous sommes mus fatalement vers le bien général; et que ce premier acte de la volonté étant posé, le processus de la volonté ne consistera plus à passer d'elle-même de la puissance à l'acte, ce qui est impossi])le ; mais seulement à passer d'un premier acte donné à un second ou à un troisième, ce qui est bien différent. Car si le passage spontané de la puissance à l'acte serait un effet sans cause, un passage du moins au plus qui répugne au principe de causalité, le passage spontané d'un acte à un autre acte peut être au contraire le passage d'égal à égal ou même du plus au moins, car la volition du bien universel contient éminemment celle de tous les biens particuliers. Ce n'est donc plus un effet sans cause proportionnée ; la liberté ne crée plus le mouvement, mais utilise le mouvement reçu : elle ne le commence pas, mais elle le continue à sa manière.
Belle Dans un article précédent, le même saint Docteur
corapa- . 1 • • 1 • 1 »
raison de eclairc par une comparaison lumineuse la même doctrine, en comparant le mouvement de la volonté au mouvement de Tintelligence dans l'acte du raisonnement.De même, dit-il, que l'intelligence ne pourrait se mouvoir elle-même d'un principe premier à la conclu-
(1) On connaît la controverse des Théologiens. Pour les uns, le concours de Dieu à ce second acte est encore une nouvelle pvémotion. Pour les autres, comme le Cardinal Pecci, qui ne se croient pas moins lidèlos à la vraie pensée de S. Thomas, cette seconde prémotion est inutile. 11 suffit que Dieu nous soutienne dans la continuité de lavie, de l'action et de la causalité. — Mais il est clair que ni les uns, ni les autres n'admettent que l'acte libre soit un efTet sans cause : il a à la fois une cause première en Dieu, et une cause seconde dans la volonté elle-même (Cf. L'idée de Dieu, 2" édil., p. 484 à 494).
S. Th.