I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA MÉTAPUYSIQUE
sioii,si elle n'était déjà en acte relativement à la connaissance de ce premier principe, ainsi la volonté ne pourrait se mouvoir à tel ou tel moyen particulier, si elle n'était déjà en acte vers la fin générale.
< Intellectus per hoc quod cognoscit principiura, reducit seipsum de potentia in actum, quantum ad cognitionera conclusionum, et hoc modo movet seipsum ; et similiter volnntas per hoc quod vult finem, movet seipsum ad volendum ea quie sunt ad finem (1). >
Enfin, au même endroit, S. Thomas se pose explici- sa tement la diniculté des déterministes, qu'il est im- auTd'I. possible à la volonté de se déterminer elle-même, parce nZZ' qu'elle devrait passer d'elle-même de la puissance à l'acte, être à la fois moteur et mobile, en acte et en puisance, ce qui est contradictoire, — et il y répond de la sorte : En se déterminant elle-même, la volonté n'est pas en acte et en puissance sous lemême rapport, mais sousdes rapportsdifTérents.EneU'et.étant enacte sous le rapport de la tin générale, et en puissance à l'égard des biens particuliers, elle peut ainsi, étant déjà en acte, passer d'un premier acte à un second, en mouvant sa puissance à l'égard de ces biens particuliers.
« Voluntas non secundum idem movet et movetur ; unde nec secundum idem est in actu et in potentia ; sed in quantum actu vult finem, reducit se de potentia in actum respectu eorum qua) sunt ad finem, ut scilicet actu ea velit (2). >
La pensée du saint Docteur ne saurait être plus claire, ^-li
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ni plus raisonnable. L'acte libre n'est pas un effet «»"* sans cause, ni un commencement absolu de mouvement, ni un passage de la pure puissance à l'acte, mais seulement un passage d'un premier acte à un
(1) s. Thomas, l" 2*, q 9, a. 3, c.
(2) S. Thomas, !•' 2*, q. 1», a. H. ad 1'".
cause.
second ; le premier acte nous ayant donné le branle, nous pouvons désormais agir à notre manière, suivant notre nature, c'est-à-dire sans nécessité, — supposé, bien entendu, le concours divin dont la nature ne nous occupe pas ici. C'est du reste la même théorie pour tous les actes vitaux par lesquels Têtie se meut lui-même, avec ou sans nécessité.
Tacii-ine Gettc solutiou si simple et si lumineuse ne semble
des mo- . . , .
dénies, guère counuc des spiritualistes modernes qui, sans prendre la peine de la critiquer ni même de l'exposer, se croient réduits à la dure nécessité de défendre, par des efforts désespérés, la possibilité des commencements absolus et du passage spontané d'une puissance à l'acte.
M. piat. Voyons comment l'un des plus habiles va s'en tirer. Il expose d'abord la difficulté à résoudre : « Il n'est pas impossible, nous dira-t-on, qu'une chose s'élève de la puissance à l'acte ; mais il est impossible qu'elle s'y élève par elle-même. Là est le -point vif assurément lorsqu'il s'agit de liberté. Toutefois la difficulté, si pressante et si radic^Je qu'elle puisse paraître, n'est pas absolument insurmontable (1). » L'auteur écarte avec juste raison l'explication par le concours divin à l'acte libre. Soit parce que l'explication elle-même de ce concours est encore plus mystérieuse, et ne fait qu'ajouter des difficultés nouvelles aux premières ; soit parce que la cause première, faisant agir les causes secondes, bien loin de les remplacer, ne saurait nous dispenser de rechercher la cause seconde ou naturelle de l'acte libre, formellement requise par le principe de causalité. Il conclut avec raison : < Pour expliquer l'acte libre, il vaut mieux, croyons-nous, rester dans la liberté même. » Nous sommes ici du même avis.
(1) l'iat, Ln liherlé. t. II, p. '2"4.