‹ La liberté et le devoirChapitre 54 sur 205 · I. r.A LIBKRTK. — LA LU5EHTÉ ET LA MKTAPnYSIQUE 1U · texte numérisé non relu

I. r.A LIBKRTK. — LA LU5EHTÉ ET LA MKTAPnYSIQUE 1U

Or, voici la solution iiroposée : <(Ce n'est pas d'elle- soiunon

qu'il

môme que la liberté se met tout d'abord en branle ; proïKMe. ses commencements absolus sont encore relatifs. Elle sap[)Ose une excitation ({ni a sa source en dehors de l'être... > Cette phrase, au premier abord, nous paraît être un aveu d'un retour à la théorie de S. Thomas. Il n'y a donc pas de commencements absolus ! Rien ne passe spontanément de la puissance à l'acte ! Quelle sera donc la cause motrice de l'acte libre, sera-ce la volonté elle-même déjà mise en branle par la prémotion de Dieu vers le bien en général, comme l'enseigne le saint docteur ?

Ici nous sommes déçus. L'auteur, qui paraissait en sa si bon chemin, tourne brusquement, et pour expli- """'"*• quer cette première mise en branle de la volonté, n'admet plus aucune cause motrice, mais seulement une cause finale: « c'est, dit-il, une sollicitation perçue, une représentation, un but (1). » De même pour M. Fonsegrive : « l'Homme pense la fin de son action, et cette pensée donne le branle à toutes les autres pensées et aux mouvements qui en sont la suite (2). *

Cette solution nous étonne d'autant plus que l'auteur a brillamment établi, contre les idées-forces de M. Fouillée, la distinction capitale entre la cause finale et la cause motrice. 11 a montré, avec une supériorité qui lui fait grand honneur, que l'idée, étant cause finale, ne donne aucun branle, aucune impulsion, qu'elle dirige seulement le branle ou l'impulsion de la cause motrice.

Aussi l'auteur, pour ne pas se contredire, reprend seshéaussitôt sa concession première. Apres avoir avoue que la liberté ne se met pas en branle d'elle-même, qu'il lui faut une excitation extérieure, il reviendra

(!) Piat, Ibid., p. 286.

(8) Fonsegrive, Essai sur le libre arbitre (1'* édit.), p. 119.

finalement à sa première thèse: « C'est la volonté, dit-il, qui, une fois la fin donnée, se détermine ellemême : c'est la volonté qui passe toute seule de la puissance à l'acte. » — « Ces conditions (la pensée) supposent une activité qui peut faire effort, capable de se porter dans le sens de l'idéal perçu. >

De même, après avoir avoué que les commencements de l'acte volontaire sont « relatifs >, il reviendra à la thèse des commencements absolus : « le propre (de la liberté) est de commencer du mouvement (1). »

Cause de Uu pas dc pius, l'autcur était avec nous et avec insuMès. s. Thomas. Il lui suffisait de poser comme préliminaires de l'acte libre non seulement une cause finale, ridée générale du bien ; mais une cause motrice, l'impulsion première du premier Moteur de la nature vers ce bu t. Dès lors, la volonté se trouvait être en acte, et capable désormais « de faire effort et de se porter dans le sens de l'idéal perçu ». Mais notre auteur ne le voulait pas, parce qu'il professe d'étonnantes répugnances (2) pour cette thèse de S. Thomas et d'Aristote : que Thomme tend naturellement et nécessairement vers le bien en général, vers la béatitude, et que le mal, comme tel, ne peut être objet direct de volonté (3). Nous reviendrons sur cette thèse, que nous croyons très profonde et très solide. Nous nous bornerons à faire remarquer ici, combien deux questions, qui au premier abord paraîtraient étrangères, se trouvent intimement liées, puisque le seul doute jeté sur cette thèse de la prémotion nécessaire de la volonté

(1) Piat, Ibid., pp. 9 et îiS?.

(2] Piat, Ibid., p. 2G4 268.

(3) « Voluntas de necessitate movetui' ab objecto illo, quod est universaliter bonum, ab ipsa scilicet beatitudine. » S. Th., la 2x, q. 10, a. 2, c. — « Et ideo ex necessitate beatitudinem homo vult, nec potest velle non esse beatus aut esse miser. » la 2», q. 13, a. 6.

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