‹ La liberté et le devoirChapitre 56 sur 205 · I. LA LIUERTK. — LA LIDKHTÉ KT LA MÉTAPUVSIOUi · texte numérisé non relu

I. LA LIUERTK. — LA LIDKHTÉ KT LA MÉTAPUVSIOUi

Oui, puisque la raison, faculté capable d'idéal, peut concevoir et mettre en comparaison du bien actuel, quelque grand (ju'il soit, un bien plus grand encore, et désirer mieux ou moins mal. Elle aurait pu tout aussi bien fermer les yeux à cet idéal supérieur, pour ne voir que le bien présent et s'y absorber, car, malgré son caraclère inférieur, il peut toujours être conçu comme supérieur à un autre, et partant comme meilleur, non en lui-même, mais relativement (1).

La deuxième période est Veffort de la délibération. 2- Ap- Mon effort volontaire pousse mon esprit tantôt vers '*"''""'"• un objet, tantôt vers un autre, pour le ramener ensuite au premier, ou à quelque nouveau point de vue de ces divers objets. Là encore, je constate l'exercice de ma liberté, en même temps que les raisons suffisantes dont elle s'éclaire. Chacun de ces objets pouvant avoir des avantages et des inconvénients, des perfections et des défauts, je puis toujours fixer mon esprit ou sur la raison que j'ai de m'arrêter à tel bien, ou sur les raisons que je puis avoir d'en rechercher un meilleur.

Cette délibération ne saurait pourtant durer indéfi- 3. ^n. niment. Je l'arrête enfin, par un effort de décision, p''"'*»»car il faut prendre un parti. Mais ici encore, tous les objets étant supposés contingents et imparfaits, aucun n'est capable de nécessiter ma volonté. Je choisis donc celui qui me plaît davantage. Je choisis celui qui me paraît le meilleur, non en lui-même, mais relativement à moi. Ou pour mieux dire, si je choisis tel

(1) Remarquons que ce premier effort de la volonté pour changer, ou pour provoquer un changement d'état, peut être libre, alors même que ce changement serait, de fait, sans raison suftisante et impossible. Ainsi il sera impossible de se suicidera un homme heureux, qui ne peut trouver aucune raison de désirer la mort. Mais rien que la suspension volontaire du vouloir-vivre, pour chercher des raisons de vouloir mourir, est déjà un acte de liberté qui prouve que c'ett librement qu'il vit.

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objet comme le meilleur, c'est que vraiment je l'ai fait tel, soit en ne continuant pas à rechercher encore mieux, — et le mieux est toujours possible à concevoir et à désirer,— soit en considérant cet objet à son point de vueleplus favorable, soit même en fermant les yeux sur ses défauts (1), et c'est ainsi que, par une illusion volontaire, nous choisissons parfois le pire en face du mieux, selon la parole fameuse qu'Ovide prête à Médée :

Video meliora prohoque-,

Détériora sequor.

Sans doute, notre intelligence n'est pas libre dans la perception des vérités premières, ni devant l'évidence en général. Il y a des objets nécessaires sur lesquels notre esprit formule des jugements nécessaires, tels que les principes d'identité, de contradiction, de causalité ou de raison suffisante, et les principes de morale : il faut faire le bien, éviter le mal, etc.

En présence de l'évidence, impossible de juger autrement, ni d'arrêter le cours de nos désirs. Mais que de fois, surtout dans les questions pratiques et morales, l'évidence nous est refusée, soit par l'ignorance et la faiblesse de notre esprit, soit encore, — et c'est là un point important sur lequel S. Thomas insiste, — parce que la nature même des objets entre lesquels nous avons à choisir ne comporte pas une telle évidence ; tous étant contingents et imparfaits, nous pouvons toujours trouver des raisons de les refuser.

Liberté Aucun d'eux ne présentant un bien absolu, ils sont

"foidce" tous incapables de forcer le jugement de notre intel-

rîgno- ligence et l'adhésion de notre volonté.

"""• Ce n'est donc pas l'ignorance, qui est la véritable

(1) « Potest enim aliquis de quocumque objecto non cogitare, et perconsequcns neque actii vclle illud... Hoc modo voluntas a nuUo objeclo ex necessitate movetur. « S. Thomas, la, aœ, q. 10, a. 2, c.

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