I. LA MIJEhTÉ. — LA LIBRRTK ET LA METAPHYSIQUE Hd
cause de notre liberté, comme on se plaît i)arfois à le répéter aprùs 8ocrato,(lont on connaît l'aphorisme: personne n'est volontairementméchant:/^/.ôçî/.r.ivovoctç.
La vraie cause de notre liberté, c'est an contraire l'intelligence, c'est-à-dire notre puissance de découvrir, en présence de l'idéal, toute l'imperfection et la contingence des objets créés, et de trouver toujours des raisons pour les refuser, malgré les séductions qu'ils exercent sur notre sensibilité. Si [)arfois l'ignorance ajoute encore à Tindéterraination naturelle de notre volonté, c'est un élément accessoire, une imperfection, et non pas l'essentiel.
L'essentiel, répétons-le encore, c'est la puissance Fon.ico indéfinie et illimitée de notre esprit pour découvrir pui^»anco dans les perfections et les imperfections relatives des rcspru. êtres créés, de nouvelles raisons de les accepter ou de les refuser ; en d'autres termes c'est la puissance de concevoir l'idéal, de comparer avec l'idéal, de raisonner avec l'idéal ; et c'est dans ce sens qu'Aristote a pu dire : vouloir et raisonner, c'est tout un : co-S/.sxjiéixi y.xi hyC^ieiBoct -xvrzv . Plus l'intelligence grandit, [>lus notre liberté, en présence des biens imparfaits, doit également grandir.
On voit aussi dans quel sens il est vrai de dire que la volonté peut donner de la force au motif que nous voulons, grossir celui-ci à notre gré, et diminuer ou effacer celui-là. Certes, ce n'est pas directement et par sa seule puissance, autrement nous retomberions dans l'absurde théorie delà liberté d'indifférence et et du vouloir raisonnable sans raison : su pro ratione voluntas.
Mais ce qu'elle ne peut directement, la volonté le peut faire indirectement, en dirigeant l'attention de l'esprit dans l'acte de délibération. C'est par l'attention qu'une perception d'abord confuse devient dis-
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tincte et saisissante ; et c'est par le défaut d'attention qu'une perception distincte peut s'elFacer et rentrer dans l'inconscience.
graye"ob- ^^ objcctc, 11 est vral, que notre solution ne fait jcciion. que reculer la difficulté sans la résoudre. « Mais alors, dit-on, il y a un motif i^ouv grossir ou atténuer la valeur relative du motif. S'il n'y en avait pas, la volonté cesserait d'être intelligente, au moment même où elle met en mouvement le ressort propre de la liberté... et s'il y a un nouveau motif, l'on va ainsi jusqu'à l'infini (1). »
Assurément l'objection est subtile. Comme l'a reconnu Mgr d'Hulst, elle provient surtout de l'imperfection même de la méthode analytique, qui à force de diviser et de subdiviser se perd toujours dans l'infini.
Réponse. H uous scuiblc Cependant qu'on pourrait essayer une réponse plus directe, en analysant à part chacun des deux cas allégués : 1° pour rejeter un motif proposé, en détournant l'attention pour l'etfacer dans le champ de la conscience, il faut sans doute un nouveau motif, qui ne manque jamais, tel que le désir de chercher mieux; 2° mais pour l'accepter, en lui donnant par l'attention la prépondérance dans le champ de la conscience, inutile de chercher un autre motif, puisque le premier nous agrée et nous suffit. hQ processus in infinitujn n'est donc à redouter, ni dans l'un, ni dans l'autre de ces cas.
Tels sont les horizons que nous a ouverts l'analyse de la troisième période psychologique de l'acte libre, l'effort de décision ou de choix. Il nous reste à par-
(1) Mgr d'FIulst, Confér. deX. D., 1891, note 21, p. 371. Même objection chez j\l. Fouillée, Criliq. des syslènies, p. 120, note. « Si la liberté elle-même produit les motifs, on pourrait se demander si elle les produit sans motif fce qui ramène la liberté d'indiflérence), ou avec motif (ce qui ramène le déterminisme inteliecluei). «
t. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA MÉTAPHYSIQUE 117
courir rapidement la derniùre , qui est la moins importante : l'elFort d'exécution.
Après un instant d'arrêt pour fixer son choix, la v A|>volonté repasse au mouvement, hue ordonne aux muscles d'exécuter ses ordres, et aussitôt ils obéissent,s'ils ne sont pas frappés de paralysie. Gomment cet ordre agit-il sur les muscles? Nous l'avons vu : simplement, en faisant cesser l'arrêt des tendances, susi)endues par l'effort de délibération. p]t aussitôt, comme autant de ressorts débandés, tous les muscles déroulent la série des mouvements associés par les liaisons organiques ou empiriques. Sans doute, tout ce processus physiologique n'est plus libre mais fatal, puisqu'il suit nécessairement la décision ou le choix de la volonté libre, et nous n'avons jamais soutenu, comme on nous le fait dire quelquefois, que deux actions contradictoires pourraient également suivre le choix d'un même motif (1).
Cependant, comme notre volonté reste toujours maîtresse de suspendre l'action commencée, de délibérer de nouveau, de chercher un autre motif et de tout remettre en question, on peut dire qu'elle est encore, au moins indirectement, sous l'empire de notre volonté.
Et que l'on ne dise pas qu'il n'y aurait plus de raison suffisante pour s'arrêter en voie d'exécution et recommencer la délibération, car si l'action est mauvaise, il est toujours temps de s'en repentir ; et si elle est bonne, quel que soit le degré de sa bonté, une faculté raisonnable capable d'idéal, sera presque toujours capable de concevoir un mieux possible, de le désirer et de le rechercher.
Concluons donc de l'examen de ces quatre périodes, concin-
tion.
(1) Voy. une Noie sur la nécessité qui suit le dernier jugement pratique, p. 139.
il^ FONDEMENTS DE LA MORALE
que la volonté a toujours quelque raison d'agir comme elle agit ; en même temps qu'elle aurait pu trouver des raisons suffisantes d'agir autrement ; en sorte que la liberté a sa racine dans la raison même, c'est-à-dire dans la puissance de l'esprit à trouver toujours des raisons d'agir comme il lui plaît. Le principe de raison suffisante apparaît ainsi comme le vrai ressort de la liberté, bien loin d'en être la contradiction et la ruine. synii.èse Goucluons cucore de cette même analyse, que celle i."^'f« des quatre périodes où la liberté semble le plus com-
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"'«• plètement s'exercer, c'est la troisième, Veffort d'élection ou de choix. C'est aussi la pensée de S. Thomas lorsqu'il dit : « Liberitm arbitriun nihil aliud est quam nis electiva» (1). Lapremière et la seconde périodes sont une préparation à ce choix définitif. Bien plus, elles impliquent un commencement de choix, puisqu'elles commencent à nous détacher du moins l3ien actuel, et à nous faire déjà préférer un mieux possible, quoique inconnu ou vaguement entrevu. Enfin la quatrième période est le complément des précédentes; si, en elle-même, elle n'est pas libre, elle implique du moins la continuation ou la non-rétractation d'un acte libre toujours susceptible d'être révoqué. En cela elle estencore une espèce de choix continué ou maintenu, comme les deux premières périodes . La étaient déjà un choix préparé et commencé. Le choix, est dans tel cst douc bleu l'acte propre du libre arbitre. La théorie de S. Thomas est ici d'accord avec les données du sens commun, qui a toujours placé le libre arbitre dans le choix, surtout dans le dernier choix. Cependant certains auteurs ont soutenu « que le libre arbitre n'est pas toujours, qu'il n'estmême presque jamais dans le choix dernier, lequel dépend tout
(1) s. Thomas, la, q. 88, a. 4.