I. LA LIBERTÉ. — LA LIBKKTÉ ET LA MÉTAPHYSIQUE Mi
entier de l'évaluation antérieure des divers résultats des deux alternatives (1). > — Nous croy ons qu'il y a là plutôt équivoque de mots que confusion dMdt.^cs- Le dernier choix dépend sans doute de l'évaluation antérieure et libre des motifs ; mais d'où vient que ce choix est le dernier ? D'où vient que la délibération» au lieu de se prolonger encore, s'arrête tout-à-coup et se fixe dans un clioix qui sera le dernier? D'où vient cela, sinon de la liberté que nous avons de ne pas délibérer indéfiniment, — car une queistion de nature morale n'est jamais épuisée, — et de nous en tenir à un bien qui n'est le meilleur que relativement, puisqu'on pourrait toujours en concevoir de meilleur. Donc, si le dernier choix dépend nécessairement, Le clou
. . .11 dépend de
comme une conclusion, des prémisses posées, il de- lavoiomé pend aussi de notre liberté, qui seule peut faire qu'il soit le dernier, plutôt que l'avant-dernier. Et c'est là la raison pour laquelle les gens « qui n'ont pas de volonté », qui sont faibles de caractère, délibèrent indéfiniment sans pouvoir se fixer à un parti définitif, tandis que les caractères bien trempés et doués de volonté, sont beaucoup plus prompts dans leurs décisions. Ce n'est pas par l'intelligence qu'ils ditfèrent, mais par la vigueur de la volonté.
Il est un autre principe, moins important que ceux Le de causalité et de raison suffisante, avec lequel il d\.rdre. nous faut cependant, pour être complet, réconcilier le libre arbitre. C'est celui qu'Aristote formulait ainsi : « La Nature ne fait rien en vain » ; — « La Nature tend toujours vers le mieux » : le principe d'ordre.
(1) Fousegrive, Essai sur le libre arbitre, p. '463.
Quel que soit le jugement que l'on puisse porter sur la théorie optimiste, il est sûr, et tous les philosophes spiritualistes en conviennent, que le hasard et le désordre ne sont que des accidents dans la nature, tandis que l'ordre est la loi générale. Or, si la liberté humaine était un principe de hasard, de caprice et de désordre, — comme l'ont soutenu les déterministes, — elle serait à l'avance condamnée par ce principe d'ordre universel.
Mais il n'en est rien, comme une analyse plus attentive et plus équitable va nous en convaincre. Liberié ToLit d'abord, nous ferons observer à nos adversai-
orienlee '
vers l'es que la volonté est orientée vers le bien, comme
le bien. ^
Tintelligence vers le vrai, et que cette orientation ou tendance générale est nécessaire. Aucun être en eiïet, ni aucune puissance, ne sauraient être conçus sans une fin et sans une tendance naturelle et nécessaire vers cette fin. « La loi de toute nature, dit S. Thomas, est de tendre nécessairement à sa perfection propre, et nous devons retrouver cette tendance nécessaire au fond de notre volonté (1). » Le champ de la liberié est ainsi soigneusement circonscrit, puisqu'elle ne peut vouloir qu'un bien réel, ou au moins apparent. Sur ce point important, S. Thomas et les scolastiques sont d'accord avec Aristote , Platon et Socrate. «L'homme, disait x\ristote, ne fait jamais le mal pour le mal, > /SoûXerat S'oùSel; S oiz-y.i y.oLy}jV (2).G'est là du reste une question d'expérience quotidienne : jamais on ne choisit sciemment une mauvaise action, sans y être excité par l'appât d'un intérêt ou d'un plaisir, c'est-à-dire par l'apparence d'un bien. Du reste, le contraire serait inintelligible: le mal, étant une privation et un non-être, ne peut être par lui-même un
(1) s. Thomas, q. 22, de Verit., art. 5, c. (',') Aristote, Eth. Eiidem., TI, 7.