‹ La liberté et le devoirChapitre 59 sur 205 · I. LA LUU:UTk. — r,A LIBERTÉ ET LA MÉTAPHYSIOl'E · texte numérisé non relu

I. LA LUU:UTk. — r,A LIBERTÉ ET LA MÉTAPHYSIOl'E

objet de désir, pas plus que les lénùbres ne peuvent être un objet de vision. L'être et le bien se confondent, nous dit S. Thomas dans son profond langage ; d'autre part, l'être ne peut être orienté que vers l'être et non pas vers le néant ; il est donc nécessaire que la volonté soit orientée vers le bien (1).

Ainsi l'être est fait pour l'action, l'action est faite pour le bien ; en sorte que le bien total ou le bonheur, la béatitude, est le but nécessaire de l'activité totale de l'individu.

« Ce vouloir est la plus profonde des mes inclina- oi.jeciioD lions ; mais, objecte M. Piat, s'en suit-il qu'il soit né- riai.' cessaire ?... Tout d'abord je ne vois pas ce qui pourrait me contraindre à ne pas me jeter par la fenêtre à côté de laquelle je trace ces lignes (2). »

Cet appel àrexpérience,nousracceptonsvolontiers, car nous croyons qu'elle témoigne clairement en faveur de notre thèse. On ne se suicide jamais que pour quelque motif; soit dans l'espoir d'obtenir quelque bien, soit pour échapper aux malheurs de la vie, en estimant que, somme toute, la mort est préférable à la vie. Quiconque se voudrait du mal,5«>i5 raison, se jetterait par la fenêtre, dans le feu ou dans l'eau, sans raison, passerait pour fou, et le serait en elFet, car son action serait irrationnelle.

C'est doue le bonheur, au moins relatif, le moindre mal, que l'homme recherche toujours, jusque dans le suicide ; tant il est vrai (^u'il est impossible de rechercher son propre malheur.

Le même auteur ajoute unedeuxième objection. «Il pe^jè. nous semble, dit-il, que le domaine de la liberté se •"^ol',"

(1) « Omnis res, in quantum csl ens et substantia, est quoddam bonum. Nihil autem inclinatur nisi in aliquid simile sibi et convcniens. Igitur necesse est ut omnis inclinatio sit in bonum. » S. Thomas, P 2», q. 8, a. 1, c.

(2) Piat, La liberté, II. p. 264.

trouve bien restreint, si nous cherchons nécessairement notre vrai bonheur, qui est en Dieu. C'est une vérité bien connue, j'aime à le croire : on veut les moyens nécessaires à l'obtention de la fin, du même vouloir quela fin elle-même. Mais le devoir... ne peut être qu'un moyen nécessaire à la fin de l'homme. L'homme le veut donc toujours fatalement et nécessairement. Et voilà le libre arbitre chassé du champ de la morale. Il n'a plus le droit d'apparaître que lorsqu'il s'agit de lever le bras gauche ou le bras droit, tout au plus de commettre une imperfection (1). ^ Réponse. L'auteur part de cette thèse que nous recherchons nécessairement notre vrai bonheur qui est en Dieu. Mais cette manière de présenter la pensée de S. Thomas contient une grave équivoque. Nous ne recherchons nécessairement que notre bonheur vrai ou apparent^ et c'est librement que nous le mettons en Dieu, et dans l'accomplissement du devoir. Cette identification de notre bonheur avec la possession de Dieu, n'est pas une vérité mathématique d'une évidence telle, qu'elle puisse subjuguer notre esprit, sans le consentement libre de notre volonté.

Bien plus, même pour celui qui est convaincu de cette vérité que le bonheur vrai, c'est la possession de Dieu, le devoir demeurera toujours libre. Sans doute, le devoir <??i pféném/ est un moyen nécessaire, sine qua non, pour atteindre une telle fin; mais pour chaque devoir, pris en particulier, il est permis d'en douter, caria même foi nous apprend qu'il n'y a pas de péché irrémissible, et que la bonté de Diea accorde toujours le pardon au repentir. Il est donc absolument possible d'atteindre la fin, alors même qu'on aurait violé tel ou tel devoir particulier, et lachaîne desné-

(1) Piat, Lu liberté, II, p. 2m.

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