I. LA LIUKHTÉ. — LA MHEHTK ET LA MÉTAPHYSIQUE
cessités logiques entre le devoir et le bonheur, que l'on croyait infrangible, est aisément brisée dans chaque cas particulier.
En cela, nous n'expliquons nullement la liberté truipar 1 Ignorance, comme le faisait l école platoni- jecUon. cienne, et ce nouveau grief n'est pas plus exact ; nous avons déjà eu l'occasion de le dire. Ce n'est pas l'ignorance qui vient briser cette chaîne logique, c'est au contraire l'intelligence, nous venons de le voir, et par un de ses elforts les plus subtils. A côté du péché d'ignorance, nous conservons le péché de malice; mais l'un et l'autre de ces deux tristes pouvoirs de pécher, sont pour nous une des plus graves imperfections de la liberté humaine, dont la liberté angélique ou divine est exempte.
Toutefois, pour excuser le libre arbitre d'être dans ybené le monde une cause de désordre, il ne sufTirait pas moyeas d'avoir montré qu'il a certaines limites, et qu'il est "^'.m'"'* soigneusement circonscrit par l'heureuse nécessité ''•'**""'^''^de tendre toujours vers le bien comme fin générale. Il faut encore montrer que dans le champ même de son exercice, qui est le choix des moyens, le libre arbitre s'harmonise avec le principe d'ordre.
Nous pourrions nous contenter de répondre par une observation générale. Un monde entièrement soumis à la nécessité, où l'homme ne serait plus qu'une machine ou un animal irresponsable, un monde amoral, serait-il meilleur qu'un monde î^^or^Z où l'homme a le glorieux privilège d'être maître de lui-même et de pouvoir mériter ou démériter, s'adonner au vice ou pratiquera son choix la vertu, le sacrifice, l'héroïsme? Tant que nos adversaires ne l'auront pas démontré, — et nous ne croyons même pas qu'ils osent l'entreprendre, — nous serons fondés à croire qu'un monde avec la liberté est meilleur qu'un monde sans liberté.
La liberté est donc, à ce premier titre, un élément de progrès dans ce monde.
Sa place Dc plus, à mesii re que nous nous élcvons du minéral plan au végétal, du végétalà l'animal, deranimalàl'homme, nous constatons un développement toujours croissant dans l'activité de l'être, dans la spontanéité et l'indépendance de cette activité. Cette indépendance éclate au sommet de l'échelle des êtres, dans ce privilège incomparable de la nature humaine, la liberté. Elle est donc encore une fois, une partie ordonnée dans un plan d'ensemble, que dis-je, la partie la plus parfaite, c'est-à-dire un élément d'ordre et de progrès.
Mais cette vue d'ensemble ne nous suffit pas. Les écarts et les révoltes de la liberté sont si grands, provoquent dans le monde des désordres et des révolutions si terribles, qu'il nous faut examiner la question de plus près.
Liberté D"où viennent tous les désordres de la liberté humaine? De l'ignorance et de la malice. Mais si ces deux défauts sont accidentels à la liberté, s'ils ne font nullement partie de son essence, — àce point qu'au contraire la liberté augmente dans la mesure où ces défauts diminuent, et dans la mesure où l'être grandit en intelligenceet en bonté, — comment accuserions-nous davantage la Liberté de maux dont elle n'est pas responsable et dont elle est la première victime ? Cette démonstration est facile, trop facile même pour qu'il soit besoin d'insister longuement. Il nous suffira de l'indiquer en quelques mots.
Nous avons vu que la liberté de l'homme a deux sources : d'abord, la puissance de l'activité volontaire à se déterminer elle-même, en passant d'un premier acte à un autre, de lavolition de la fin au choix des moyens ; et, en second lieu, la puissance de la raison à découvrir dans les l)iens ininarfaits et contingents
croît avec
sagesse
et vertu.