‹ La liberté et le devoirChapitre 61 sur 205 · I. LA LIBKKTK. — LA LIHERTK KT LA MKTAIMIYSIQL'K · texte numérisé non relu

I. LA LIBKKTK. — LA LIHERTK KT LA MKTAIMIYSIQL'K

qui s'oUVenl à nous, les raisons de leur contin^'ence ou de leur non-nécessité, qui nous permettent de les refuser et de nous soustraire à leurs attraits. La puissance de la raison est la cause finale; la puissance de la volonté est cause motrice de l'élection libre.

Les conséquences pratiques de cette simple théorie j^^'l-'j'^*. se déduiront sans eiïort. Plus nous développerons '""=•'»"• ces deux puissances, ces deux facteurs de la liberté, plus nous développerons la liberté elle-même.

Plus notre intelligence deviendra pénétrante et habile à découvrir la contingence et les défauts cachés de tous les biens créés, — plus elle comprendra que leurs attraits véritables n'ont rien de nécessitant, et deviendra libre en face de leurs séductions.

En ce sens, on a pu dire que la raison était non seulement la condition delà liberté, mais encore qu'elle en était la mesure. En elFet, plus le choix (parmi les biens contingents) est éclairé, plus il est libre.

Toutefois cette vérité est gravement incomplète, jff.2,! et l'on aurait tort de croire qu'il suffise d'instruire, de développer l'intelligence pour développer la liberté. Puisque celle-ci a deux facteurs également essentiels, on ne doit négliger aucun des deux. En éclairant l'esprit, il faut aussi fortifier et discipliner la volonté. A l'instruction il faut joindre l'éducation. Travailler sans trêve ni répit à l'amortissement des passions, ces appétits inférieurs qui paralysent l'appétit raisonnable. Détruire les mauvaises habitudes qui tendent à remplacer l'activité réfiéchie de la volonté libre par un automatisme inconscient. Développer et fortifier la puissance et la maîtrise de la volonté par un exercice gradué de la lutte contre soi-même et de la discipline morale, sans laquelle la volonté de l'homme fléchit, s'atrophie peu à peu, et risque de s'annihiler

cation .

complètement, au point qu'il n'est plus maître chez lui, non sui compos (1).

Liberté Ainsi, plus il y a de lumière et de force dans un être

des ' 1 j

anges, de ralsonuable, plus cet être s'élève vers les sommets de

Dieu. '-

la lii)erté. Voilà pourquoi il y a plus de liberté dans l'homme juste que dans l'homme esclave du péché ; plus de liberté dans le saint que dans l'homme simplement juste; dans l'ange que dans le saint ; plus de liberté enfin en Dieu que dans tous les anges et tous les saints ensemble. En Dieu, la liberté passe à l'infini, comme l'intelligence et le vouloir.

Telle est la belle théorie de S. Thomas (2), également éloignée du platonisme, qui redoute trop de lumière pour la liberté, et lui cherche comme un refuge dans les demi-clartés de l'ignorance ; — et du rationalisme, qui exalte à outrance la puissance de la lumière et de la science, au point de n'estimer que l'instruction de l'esprit, et de négliger l'éducation morale de la volonté.

Liberté Mais ne descendons pas sitôt de ces hauteurs, qui cable, nous permettent de contempler en Dieii, ou dans les

imnuia- '■

bie. saints, cette belle puissance du libre arbitre, dans toute sa perfection et sa pureté naturelle, et comme dégagée de toutes les scories et les imperfections humaines. C'est à cette lumière si pure que nous comprendrons mieux l'essence vraie de la liberté, ce qui fait d'elle un principe d'ordre, de pondération et de régularité.

Dieu est impeccable, et cependant il est libre; Dieu est immuable dans ses desseins, et pourtant il est libre. Les anges et les saints confirmés en grâce participent à ces deux perfections du libre arbitre : l'im-

(1) Cf. Giiibcrt, La formation de la volonté, Rev. de Phil., oct. 1901.

(2) Cfr. Aristote, Éth. Nie, I. III, c. 5, §5. « La grande supériorité de l'IioiTime vertueux, c'est qu'il voit le vrai en toute chose, il en devient connue la règle et la mesure. »

tion de

ccllo

liberté.

Page 1