I. LA LlUERTÉ. — LA LIBEIITR F/F LA MKTAriIYSHjt i
peccabilité et la constance. La liberté n'est donc pas par elle-même un agent de désordre et de mal, pas môme un agent d'inconstance et de caprice.
Etant orientée nécessairement vers le bien, et ne pouvant vouloir le mal pour le mal, comme nous l'avons dit, la liberté tend donc par sa nature à la réalisation du bien. Ce n'est pas sa faute, mais la nôtre, si nous la détournons par ignorance ou par malice de ce noble but(l).
Qui n'a rencontré sur son chemin, en face des scan- sj^^'^c dalesdu monde, quelqu'une de ces âmes d'élite dont la volonté naturellement simple et droite, n'éprouve de sympathie que pour ce qui est bien, noble, généreux ? Le vh^ simplex et rectus de VEcr'ûuTe est-il donc introuvable? Eh bien, si nous avons eu le bonheur de rencontrer de telles âmes, nous avons pu constater qu'elles sont presque incapables de manquer à leur devoir, tant elles sont ravies par sa beauté austère, tant elles sont révoltées à la seule pensée de s'avilir par une lâcheté, une trahison du devoir. En sont-elles moins libres pour cela? il est clair que non. Si le libre champ du péché s'est fermé devant elles, les vastes horizons du devoir, de la vertu, de l'héroïsme, du sacrifice se sont ouverts à leur libre activité, qui n'a rien perdu et tout gagné à l'échange.
Une fois engagées librement dans ces voies de la vertu et de la perfection, leur volonté peut ne s'en
(1) « Dicendum quod ad rationem liberi arbilrii non pcrtinet ut indetenninale se habeal ad bonum Tel ad maluni, quialiberuin arbilrium per se, in bonum ordinalum est, cum bonum sit objectuni voluntatis, nec in malum tendat nisi propter aliquem defectum, quia apprehenditur ut bonum, cum non sit voluntas aiit electio nisi boni, aut apparentis boni ; et ideo ubi perfectissimum est liberum arbitrium in malum tendere non potesl, quia imperfectum esse non potest, sed hoc ad libertatem arbitrii pertinet, ut actionem aliquam facere vel non facere possit. » (S. Thomas, in Sent., d\s>t. 25, q. 1, a. 1, ad 2. — Suvi. Iheol., la, q. 62, a. 8, ad 3).
repentir jamais, et demeurer immuable dans le bien, sans cesser pour cela d'être libre. Eh ! pourquoi l'inconstance, le caprice, seraient-ils nécessaires à la vraie liberté? On ne le voit pas, certainement. On ne comprend pas pourquoi les libres décrets de Dieu ne seraient pas éternels et sans repentance. Que l'inconstance vienne de la faiblesse de la raison qui n'a su tout prévoir , ou de la faiblesse de la volonté qui ne craint pas de se contredire, c'est toujours une imperfection et jamais une perfection pour le libre arbitre. ^sSué' Mais si le libre arbitre peut être impeccable, infail- ^Mbr^Js""' ^ible, immuable, s'i.l s'élève et grandit avec ces perfections, pourquoi ses effets demeureraient-ils absolument imprévisibles, au moins pour une intelligence parfaite?
Je sais bien que nos modernes, depuis Leibnitz, supposent que le futur libre est toujours impossible à prévoir, et cette opinion est vraie pratiquement, pour la plupart des cas ordinaires. Mais l'est-elle absolument, et l'imprévisibilité doit-elle être considérée comme de Tessence de tout acte libre ?
Après tout ce que nous venons de dire, un doute commence à surgir ; — doute que nous n'aurions pas soupçonné, en nous tenant strictement aux notions vulgaires d'acte libre. Cependant ce doute existe, et semble fondé.
Agir infailliblement n'est pas toujours synonyme de nécessairement. Nous pouvonsconcevoir une telle rectitude de volonté qu'elle adhérera infailliblement au bien s'il est connu, et une telle puissance de raison que le bien sera sûrement connu dans un cas donné.
M. Ravaisson a fort bien reconnu cette vérité lorsqu'il a écrit : « La nécessité qui détermine à faire ce qu'on croit le meilleur, cette nécessité n'exclut point