I, LA LIBKHTK. — LA LIKKHTK KT LA MÉTAPHYSIQUE
la liberté : ail contraire elle l'implique. Le sage ne peut pas ne pas bien Caire. En est-il moins lii)re ? — C'est celui que les passions asservissent, c'est celui-là qui flotte incertain entre le bien et le mal. Le sage en choisissant le bien, le clioisit infailliblement, en même temps avec la volonté la plus libre (Ij. >
L'expérience démontre la justesse de cette concep- '^^^"'f'!*''' tion. Le pilote est bien libre pour arriver au port de ^'s'""»ne pas suivre le droit chemin, et cependant c'est toujours dans cette direction que nous le chercherons. Nous pouvons prédire comment un enfant bien né, qui chérit tendrement sa mère, se comportera cà la nouvelle de sa maladie ou de sa mort. Et la sûreté de nos prédictions sur les hommes sages et vertueux peut souvent s'étendre aux hommes sujets à quelque vice. On est bien sûr qu'Harpagon ne fera pas de largesses à l'improviste et sans des raisons majeures, s'il en fait jamais.
On me répondra sans doute que ces genres de prédictions ne sontjamais absolument certaines. Gela est vrai dans la pratique, parce que les hommes qui nous entourent et dont nous cherchons à prévoir la conduite, ne sont yàmsiis in failli blemeni coniivmés dans le bien ou dans le mal. Mais si cette hypothèse, qui n'a rien d'impossible, se réalisait, comme dans plusieurs saints, ou chez les anges et les bienheureux, la certitude des prévisions pourrait devenir absolue, sans nuire aucunement à la liberté de ces actes futurs.
Quoi qu'il en soit de ces hypothèses, nous venons conciude constater, encore une fois, que la liberté tend de sa nature vers l'ordre, bien plus vers la régularité et l'immutabilitédans l'ordre. Par sa seule nature, elle nous
(1) Ravaisson, Rapport sur lu philosophie en France au XIX^ siècle, 2« édit., p. 268.
oriente vers le bien absolu, comme l'intelligence vers le vrai absolu. Elle n'est donc pas un principe de perturbation ou de désordre, comme on l'a répété si légèrement, mais un principe d'ordre et de stabilité. Elle est le couronnement naturel du plan divin dans la création du monde.
Ces réflexions nous préparent tout naturellement à résoudre une nouvelle objection, déjà rencontrée sur notre chemin, et tirée de la prescience et du concours de Dieu.
Accord Ce n'est pas seulement dans les principes de la
avec la
Théo- métaphysique générale que les déterministes ont cherché des armes contre le libre arbitre, c'est encore parmi les principes de la métaphysique spéciale et surtout de la Théodicée.
Le concours de Dieu à nos actes libres et la prescience divine ont de tout temps été exploités comme deux mines riches d'objections. Ayant eu déjà l'occasion d'en parler longuement dans notre volume sur Vidée de Dieu, on nous permettra ici d'être bref (1).
Dans le concours divin il faut distinguer deux périodes. La première est celle où Dieu donne le branle à la volonté et la meut nécessairement vers le bien en général. Ce n'est donc pas encore là le concours divin proprement dit à l'acte libre, mais, comme nous l'avons vu, c'est une préparation nécessaire, qui met notre volonté en acte, et lui permet de passer d'un premier acte à un second, alors qu'elle eût été incapable de passer toute seule de la puissance à l'acte. Cette prémolion, bien loin d'être un obstacle à l'acte libre, est au contraire, nous l'avons expliqué, le prin-
(1) Cf. L'idée de Dieu, 2e ôdit., p. 364-376 et 484-494.
a) Le
conrours
divin.