LA LIBKHTÉ. — LA LIHKHTK KT LES SCIKNCKS MuDKU.MvS
ses devanciers (1). Dans une thèse de belle allure , i^,..pmétaphysique et vraiment magistrale, qui mériterait de faire épo^jue dans l'histoire de la philosophie contemporaine, il a merveilleusement mis en lumière un autre élément de solution, savoir rinsuffisance de la quantité et la nécessité de la qualité pour donner une explication complète du mouvement. Il a plaidé la cause des « qualités occultes > si décriées, en démontrant les insuffisances de la science, déjà sigalées par un savant de profession M. Duhem, avec un courage et un talent dont la scolastique lui saura gré. Et il a montré qu'il suflisait au plein exercice de la liberté de l'homme de pouvoir produire dans l'énergie de ses organes de simples changements de qualités.
Mais « comment s'exerce une telle action », sans modifier la quantité, le R. Père ne paraît pas l'avoir dit bien clairement, et le P. de Munnynck a pu le lui reprocher (2j. Il était facile, croyons-nous, de chercher la réponse dans la nature de l'action immanente du moteur immobile, et son opposition à l'action transitive des autres moteurs. La première, avonsnous dit, permet aux puissances de l'àme d'agir au dedans de ses organes, et de modifier l'état qualitatif de leurs énergies matérielles, sans l'intermédiaire d'aucun choc ou d'aucun travail mécanique, comme celaest rigoureusement requis dans l'action transitive entre deux êtres corporels. Or cette solution (3), tantôt semble entrevue par le R. P. Couaillac, tantôt pa-
(1) La liberté et la conservation de l'énergie, Thèse soutenue à la Sorbonne, 14 janvier 1898.
(2) Revue thomiste, janvier 1809, p. 699.
(3) On nous permettra de noter que notre solution, expliquant la liberté par l'action immanente du moteur immobile, faisant varier la qualité, sans la quantité de l'énergie totale, était exposée dans notre enseignement public, dès 1895.
raît écartée OU contredite par lui, — si nous en jugeons par l'extension qu'il fait de sa théorie à tous les êtres même inorganiques, et dépourvus d'action immanente. Exagération qui nous semble ruineuse, non moins qu'inutile, malgré les éloges dont elle a été couverte par M. Boutroux et le P. Portalié (1). Résumé Revenons donc à notre première solution, et réponconciii- dons aux mécanistes que leur fameux principe: on ne dirige, on ne fait passer de la puissance à l'acte ou de l'acte à la puissance, une force matérielle que par une autre force de même nature, — n'est applicable qu'au domaine delà mécanique, c'est-à-dire aux opérations mutuelles ad extra des êtres corporels, — et nullement aux opérations immanentes des vivants. Les premières sont nécessairement quantitatives ; les secondes peuvent être purement qualitatives : c'est tout un monde d'activité différente.
Bien loin de s'étonner ou de se scandaliser de cette solution, prise en dehors de toutes les données de la mécanique, le mécanicien, s'il est un peu philosophe, reconnaîtra facilement que la science du mouvement local et quantitatif, bien loin d'épuiser les profondeurs entières de la nature, n'en étudie que le côté le plus frappant et aussi le plus superficiel. Il admettra donc que la raison, guidée par l'expérience interne, ait découvert à côté et au-dessus des opérations locales et quantitatives, des opérations qualitatives ou « mouvement d'altération » dans le langage aristotélique. Et encore n'avons-nous nullement la prétention d'enfermer dans ces deux modes, toute l'activité de l'être.
C'est par cette activité immanente des moteurs immobiles, ne produisant aucun travail mécanique,
(1) Eludes d«s Pères jésuites, 20 septembre 1898, p. 747.