I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES
s'était solennelleiiienl interdites, se limite strictement dans le domaine de l'expérience externe, en négligeant toute expérience interne de la conscience, qu'elle fait profession d'ignorer, à quoi doit-elle aboutir sinon à la négation même de l'activité libre et même de toute activité supra-sensible? Ne découvrant pas la liberté au bout de son scalpel, elle conclura naïvement qu'elle ne doit pas exister. C'est là précisément cequiest arrivé à bon nombre de pliysiologistes, dont il nous reste à exposer les théories destructives.
Tout d'abord, pour qu'on ne i)uisse nous accuser d'aucune exagération, rappelons commentnos adversaires eux-mêmes ont formulé leur thèse.
« Dans tout acte volontaire, écrit M. Ribot au début Thèse de son ouvrage sur les Maladies de la Volonté, il y a idll». deux éléments bien distincts : l'état de conscience, '''^""' le « Je veux » qui constate une situation, mais qui n'a paj" lui-même aucune efficacité {et nesf cause de rien), et un mécanisme ps^'^cho-physiologique très complexe, en qui seul réside le pouvoir d'agir ou d'empêcher (1). » — Et un peu plus loin, sous une forme encore plus claire: «( Si l'on s'obstine à faire de la conscience (volontaire) une cause, tout reste obscur ; si on la considère comme le simple «ccompa^wgment d'un processus nerveux, qui lui seul est l'événement essentiel, tout devient clair et les difficultés factices disparaissent (2). »
La pensée est claire. La volonté n'est pas une cause ou un principe d'activité ; toute l'activité procède de l'organisme, la conscience (qu'elle prenne le nom de pensée, de sentiment, ou de volonté) n'est que l'écho de ce qui se passe ailleurs, un symbole de l'activité
(1) Ribot, Lex maladies df la Volonté, p. 8 (10" édit.).
(2) Ibid., p. 8.
organique, ou si Ton veut ïéclairage de cette act vite.
Cette thèse de V éclairage par la conscience, est au
fond identique à la théorie û.q^ idées-reflets m^entéQ
par M. A. Bain (1) ; ne le perdons pas de vue dans tout
le cours delà démonstration qui va suivre.
Théorie Parmi les quatre stades de l'activité libre, que nous
del'efforl ^ i «.
rauscu- avons delà étudiés : 1 effort de réflexion, 1 effort de délibération, l'effort de décision, et l'effort d'exécution ou effort musculaire, — l'analyse physiologique s'est tout d'abord appliquée à ce dernier, qui offrait plus de prise à ses observations expérimentales.
De nombreuses et patientes études sont parvenues, sur ce premier sujet, à des résultats vraiment curieux et importants, dont nous ne pourrons donner ici qu'un résumé très incomplet (2).
Alors même que l'effort musculaire ne porterait que sur un ou deux muscles principaux, il est toujours accompagné d'un nombre prodigieux d'actions nerveuses, telles que : tension de ligaments, compression des articulations, fixation de la poitrine, occlusion de la glotte, froncement des sourcils, serrement des mâchoires, etc., etc. Toute la machine hum-aine semble subir le contre-coup du moindre effort musculaire ou lui prêter son concours.
En même temps que se déploie ce mécanisme physiologique, la conscience éprouve une sensation d'effort très complexe qui vient des muscles contractés, des ligaments tendus, des articulations comprimées, de la fixation de la poitrine, de l'occlusion de la glotte, du froncement des sourcils, du serrement de la mâchoire, etc., en un mot qui vient de la périphérie vers
(1) A. Bain, The sensés and Ihe intellect.
[2) W. .James, The feeling of effort (Boston, 1880). Cette théorie a été réfutée par M. Renouvier.