‹ La liberté et le devoirChapitre 87 sur 205 · I. LA LIBERTÉ.— LA LIHRHTÉ F.T LES SCIF.NCKS MODERNES · texte numérisé non relu

I. LA LIBERTÉ.— LA LIHRHTÉ F.T LES SCIF.NCKS MODERNES

le centre, au lieu de pailir du ceulre vers la péiiphérie, c'est-à-dire (\u\ est affth^ente au lieu d'être e//érente, comme on aurait pu le croire en se bornant à l'analyse de l'idée d'ellort ou de décharge motrice de la volonté vers les ujenihres.

Le lecteur entrevoit la gravité de cette conclusion ; si l'eiïort n'est (lu'iine sensation afférente, elle est Aonc subie et non produite par la volonté. Le sentiment contraire de la conscience qui nous montre notre effort comme produit par nous et non pas comme 5?<ftz, ne serait plus qu'une nouvelle illusion de conscience ! La volonté s'imaginerait qu'elle est mailrosse et qu'elle commande, alors qu'elle ne fait qu'obéir passivement anx impulsions organiques.

La preuve, nous dit-on, que l'eiïort musculaire est bien une sensation alterente produite par les phénomènes musculaires et rien que cela, c'est qu'elle disparaît dès que les phénomènes musculaires disparaissent. Chez les malades parétiques, étudiés par MM. Gley et Marillier (1), où le jeu des muscles se trouve paralysé, le sentiment de l'effort se trouve par là même aboli. Dans les cas de parésie partielle, étudiés par Wundt et Helmholtz, il est aboli partiellement. Il est donc prouvé que l'effort volontaire et conscient n'est plus une cause mais un effet de l'activité physiologique. Sa causalité et sa maîtrise ne sont plus que des illusions de conscience, auxquelles les « vieux psychologues » seuls pouvaient se laisser prendre.

Ainsi raisonnent certains physiologistes, mais *^£';'eue leurs raisonnements sont loin d'être concluants. ""■''"■'^•

Que l'elFort musculaire implique une sensation afïérente, le fait n'est pas nouveau, il était nettement

(1) Marinier, Ih-vue ph'd., février IWW.

reconnu par Ampère en 1805, comme la démontré M. A. Bertrand (1). Aussi bien la question n'est pas là. II s'agit de savoir s'il n'est que cela, s'il n'enveloppe pas en même temps une sensation efférenle.

Rien de plus vraisemblable qu'il en soit ainsi, car s'il n'y.a pas d'action sans réaction, l'elTort des nerfs sur le système musculaire doit être suivi d'une réaction de ce système, et nous devons éprouver à la fois une sensation d'action et de réaction, c'est-à-dire une sensation à la fois efférente et afférente.

Du reste, la conscience en témoigne. Lorsque je soulève en l'air un poids de 20 kilos, j'éprouve non seulement la résistance venue du membre et du poids soulevé, c'est-à-dire de la périphérie vers le centre, mais encore une sensation impulsive qui va du centre à la périphérie, et qui est l'effort pour soulever le poids. C'est la même conscience qui témoigne de la sensation elférente comme de la sensation afférente; si son témoignage vaut pour la seconde, pourquoi ne vaudrait-il plus pour la première? Tronquer ce témoignage pour n'en garder (jue ce qui plaît, ce n'est pas conformer nos théories aux faits, c'est ajuster les faits à des théories préconçues.

DiscHs- La seconde partie de l'argumentation des physio- ^"'^iif' logistes n'est pas plus concluante que la première. Chez les paralytiques, nous dit-on, la sensation de l'effort est abolie par l'abolition de la sensation afférente ou tension musculaire, donc elle n'est que cela. Après les explications données, l'interprétation de ce fait paraîtra fort contestable. La sensation d'action et celle de réaction sont inséparables. C'est le sentiment de résistance à notre action qui nous donne par son contraste le sentiment de notre action. Ainsi l'on

(11 Al. Bertrand, Psycholoqie de l'effort, p. 86.

allégués.

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