I. LA LIBEUTK.— LA LIBEKTK ET LES SCIENCES MODERNES 1S
voit le petit enfant prendre sentiment du moi lorsqu'il se heurte contre le non-moi. Il n'est donc pas étonnant qu'en supprimant la seconde sensation la première soit comme efFacée, mais cela ne prouve nullement que les deux soient identiques, ou que la réaction soit possible sans action préalable, pas plus que l'action ad extra ne peut s'exercer dans le vide et sans rien qui résiste.
D'autre part, le fait d'abolition complète du sentiment de l'elFort chez les paralytiques, est loin de se réaliser toujours. Wundt, Helmholtz ont constaté sa persistance, et MM. Gley et Marillier eux-mêmes en ont fait l'aveu. Bien plus, dans certains cas, il s'est produit un phénomène opposé : le sentiment de Pellort a paru d'autant plus grand que l'effet musculaire du membre paralysé paraissait plus petit (1). Il y aurait donc dans l'effort central un surplus d'activité, un redoublement d'énergie qui ne saurait être l'effet du phénomène musculaire presque nul, en sorte que l'elfort volontaire, bien loin de n'être qu'un écho ou un effet de l'activité musculaire, en serait au contraire la cause excitatrice et le principe directeur prépondérant.
Les phénomènes physiologiques de l'effort musculaire, bien interprétés, n'ont donc rien de redoutable pour la théorie spiritualiste du libre arbitre : loin de la combattre, ils semblent plutôt lui fournir un solide appui.
Après l'efïort musculaire, c'est l'efïort d'attention Théorie ou de délibération qui a fait le sujet des recher- ï!,iTln-' ches expérimentales des physiologistes. M. Ribot, entre autres, a rempli tout un volume d'observations
(1) Revue phil., article cité.
tion.
curieuses et originales, dont nous ne pourrons donner ici qu'une idée sommaire (1).
Cet auteur distingue avec soin l'attention spontanée ou naturelle de l'attention voulue et artificielle.
L'attention spontanée fait converger toute l'énergie motrice de l'individu sur un même point, de manière à produire une espèce d'immobilité physique de tous les organes, immobilité d'autant plus grande que l'attention est plus intense.
Rien de semblable dans l'attention volontaire, ou du moins tout y dépend de l'individu. Si les uns ont besoin du repos et de l'immobilité pour fixer leurs pensées, les autres au contraire ont besoin de mouvement : ils se promènent, s'agitent vivement, se frottent les yeux, se frappent la tête, impriment à certains membres des mouvements rythmiques, etc.
L'effort d'attention fait contracter le mu scie frontal, rider le front, soulever les sourcils, ouvrir ou fermer les yeux et la bouche ; les lèvres parfois se contractent dans une sorte de moue. En même temps, la respiration se ralentit, s'accompagne de soupirs, d'inspirations prolongées, de bâillements ; le sang afflue vers les parties du cerveau qui travaillent et y produit une hyperhémie locale ; enfin, d'après les expériences de Schiff et de Mosso, la température et le volume des mêmes parties cérébrales, augmentent d'une manière assez sensible pour pouvoir être mesurés.
M. Ferrier est même allé plus loin, il a pu induire d'observations plus délicates, que le siège ou le point initial d'où part l'effort d'attention, devait se trouver dans les lobes frontaux.
Il est vrai que l'opinion de Ferrier a été vivement combattue par Beaunis, mais elle ne nous paraît pas
(1) Ribot, La psychologie de Catlenlion.