‹ La libertéChapitre 37 sur 85 · Cod. civ., art · texte numérisé non relu

Cod. civ., art

2. En Angleterre , où les filles n'héritent de la propriété immobilière qu'à défaut de descendance mâle directe , la femme mariée ne possède rien , et la mère , ne possédant rien , ne peut pas tester. Rien ne justifie cette inégalité excessive , puisque rien ne la rend nécessaire.

c'est d'en être capable. La difficulté , dans TÉtat, est de savoir qui est le plus capable ; mais cette difficulté n'existe pas dans la famille; donc la capacité doit y prendre son rang : voilà la liberté véritable. La liberté consiste à rendre facileâ les rapports naturels, et non pas à les troubler. Le premier devoir d^un père est de donner l'éducation à son fils ; et le premier besoin , le plus cher intérêt du fils est de profiter de l'éducation paternelle. C'est même ce qui donne à l'autorité un caractère si doux et si fort : elle naît de l'amour , dans celui qui l'exerce et dans celui qui la subit; comme elle a pour but de former une intelligence, c'est toujours par la persuasion qu'elle procède, jamais par la contrainte'. Elle devient ainsi une école de liberté , parce qu'elle élève les jeunes âmes à la connaissance et à l'amour du devoir. .

Il faut adorer la famille telle que Dieu l'a faite , dans son unité , dans sa simplicité ; respecter , dans le père, l'autorité, la raison, le travail^ la sollicitude sans cesse éveillée, toujours prête au sacrifice ; dans la mère , la grâce , la tendresse , le dévouement de toutes les heures , une autorité subordonnée à celle du mari, mais si douce et si tendrement protectrice, une piété ardente, qui semble appeler sur le foyer les

1. Le Code donne au père, avec infiniment de réserve , le droit de correction. (Ârt« 375 et suivants.) Il lui donne aussi le droit de présider à l'éducation , d'administrer ses biens, et d'intervenir dans son mariagei

bénédictions du ciel. Un seul devoir, un seul intérêt, un seul cœur, voilà la famille. La société n'a pas besoin de pénétrer dans cet intérieur, elle ne doit pas y pénétrer. La liberté du foyer domestique est une de nos plus chères libertés ; c'est surtout pour la maintenir intacte que la société nous est nécessaire ; tant s'en faut que la société puisse nous gêner dans ce sanctuaire des plus pures affections , que sa mis-> sion est précisément de le préserver de toute invasion ennemie. Elle se tient en quelque sorte au dehors pour garantir l'inviolabilité de chaque demeure , et pour prêter appui à la faiblesse par le moyen de ses lois répressives , quand la faiblesse crie vers elle pour se défendre contre l'oppression. Ce rôle expectant est le seul qui lui convienne, car, en intervenant à ce titre, elle ne fait que prêter main-forte à la nature et à la justice.

La isociété a des droits plus étei^dus sur la propriété de chacun des membres de la famille , parce que la propriété est à la fois un fait naturel et un fait social. Elle protège la propriété de la femme et Théritage des enfants , mais sans donner à ceux-ci une action directe , et en les restreignant à la faculté de porter leur plainte devant les tribunaux*. Il peut

1. « Cependant comme les intérêts du père et les intérêts du fils sont des intérêts distincts , si le père commettait une injustice enirers son fils , celui-ci après avoir tenté sans succès tous les moyens de conciliation, pourrait réclamer l'intervention du juge sans manquer à son père; i ( Cardinal Gousset, Théol, mo/tales t. I, p. 259^

résulter de la division des propriétés et de la loi des héritages , qu'une opposition s'établisse entre les divers [membres de la famille : c'est un malheur; la loi a tout fait pour le prévenir et pour y remédier; elle ne pouvait aller plus loin, sans violer la justice. L'ancien droit d'aînesse, d'après lequel, dans les familles nobles , le père n'était jamais dessaisi ', et qui. en deshéritant les puînés rendait en effet toute contestation impossible, ne fondait la paix que sur l'oppression du droit. Elle supprimait sans doute les discussions juridiques; mais en faisant de Tinégalité, c'est-à-dire de l'injustice, une institution. Cette différence, établie entre des frères, était très-positivement une intervention de la société humaine dans la famille , pour en modifier la constitution naturelle ; car la nature ne choisit pas entre les frères , et leur donne à tous des droits égaux. Elle était donc une violation de . la liberté au premier chef. C'est cette loi qui a peuplé les cloîtres , et fondé l'absurde institution d'une noblesse pauvre, à la charge des branches aînées. C'est elle qui a condamné tant de pères et de mères à trembler, au sein de la richesse, pour l'avenir de leurs enfants, et tant d'enfants au désespoir.

1. Si le domaine était substitué, les acquêts et la propriété mobilière , ainsi que les biens maternels demeuraient libres , et les parents en avaient la disposition pleine et entière , soit pendant la vie, soit pour Texercice du droit de tester auquel la loi ne mettait pas de restriction. L*usage des substitutions et le droit absolu de tester coexistent aussi en Angleterre. Ces deux institutions, en apparence contradictoires , ont pour but l'une et l'autre le maintien de l'aristocratie.

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C'est elle aussi qui a enseigné le despotisme aux uns, l'hypocrisie aux autres , et qui pendant si longtemps a préparé les hommes à souffrir le privilège , en le leur faisant trouver installé jusque dans le foyer domestique.

Je mentionne seulement l'adoption ^ qui n'a pas chez nous l'importance qu'elle avait a Rome , peutêtre parce qu'à Rome l'État primait la famille, tandis que chez nous c'est la famille qui prime l'État'. Nous sommes par ce côté en progrès sur les Romains y car tout progrès de la famille profite à la liberté. L'adoption est tantôt un moyen de rendre illusoires les prohibitions dont les. enfants nés hors mariage sont l'objet , et tantôt un moyen de récompenser un service capital. La loi a peut-être trop restreint les cas où l'on peut être adopté ; elle a réglé avec sagesse les cas où Ton peut adopter. Elle devait prévenir les complications que peut faire naître la survenance d'une famille naturelle. Elle était ici d'autant plus souveraine que l'adoption est, en quelque sorte, son triomphe. C'est un des deux ou trois cas où elle exerce sa puissance créatrice.

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