‹ La libertéChapitre 45 sur 85 · Art · texte numérisé non relu

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constate les droits de l'État et les dangers du divorce; et nous demanderons , à notre tour , si cette liberté de se remarier y qu on entoure de difficultés si formidables ; qu'on interdit formellement dans certains cas 9 qu'on remets il faut bien le dire^ à la discrétion du tribunal', et qu'on fait naître uniquement^ pour chacun des époux, de la culpabilité de son conjoint, est vraiment une liberté sacrée , un droit naturel , qui doit prévaloir, sur l'intérêt des^enfants, sur celui de l'État, et sur les mœurs.

Voilà une institution , le mariage , que vous considérez comme le fondement même des bonnes mœurs. Vous frappez impitoyablement l'inceste et la bigamie qui le détruisent; vous réprimez par des peines sévères l'adultère de la femme; dans votre désir d'atteindre les unions illicites , vous allez jusqu'à édicter des peines qui , par une dérogation aux principes de tous les codes et à ceux mêmes de la morale, frappent les parents coupables dans leurs enfants innocents. Et vous voulez qu'une femme, pendant le mariage^ puisse choisir autour d'elle, peut-être dans sa propre maison et parmi les amis de son mari , Thonmie qu'elle épousera dans un an ; qu'elle reste Tépouse du premier par la volonté de la loi, jusqu'à ce qu'elle l'ait forcé, par des injures

1. M. deBonald est très-plaisant quaod il parle du tribunal qui examine les circonstances, entend des témoins, etc., et 6nit par dire aux époux : c Attendez , vous n'êtes pas encore assez divisés pour que je vous sépare. > (V. M. de Bonald, II., p. 217.)

préméditées, à demander le divorce , et qu'en même temps elle soit l'amante de Tautre sous les yeux de ses enfants ? Le mari ^ à qui le délai de dix mois n'est pas imposé , pourra tout préparer pour son mariage dans la maison , dans la chambre dont la femme qu'il va répudier est encore la maîtresse ? Et vous , qui avez interdit le mariage entre proches parents pour rendre décentes et possibles les relations intimes que la parenté nécessite, vous qui avez voulu , par une prohibition éternelle , empêcher l'amour de naître , vous ne voulez pas qu'une pareille impossibilité protège le cœur des époux contre lui-même et garantisse leur fidélité ' ? Vous faites une loi qui rend possibles et légitimes les amours adultères , à la seule condition d'un prochain divorce? Et toute la précaution que vous prenez contre ce détestable scandale d'un époux qui porte encore des liens , et qui déjà brûle d'en former d'autres avec le concours et par le ministère de la loi, c'est d'interdire le mariage d'un époux adultère avec son complice , si l'adultère est consommé et juridiquement prouvé'? Ne voyez- vous pas que cet homme marié aura plus de peine à étouffer une passion naissante , s'il peut rêver un divorce

1. c Quoique le cœur humain aime naturellement la liberté et haïsse tout ce à quoi on veut le forcer, il lui est pourtant tout aussi naturel de se soumettre à la nécessité, et de perdre les inclinations auxquelles il voit qu'il lui est impossible de satisfaire. » (Hume, Essais moraux et politiques, t. Vi. Londres, 1788.;

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