‹ La libertéChapitre 56 sur 85 · J. J. Rousseau, Rép, à Af. Bordes^ p. 159 sq · texte numérisé non relu

J. J. Rousseau, Rép, à Af. Bordes^ p. 159 sq

2. Extraits du Code de la nature. Art. 1*'. « Rien dans la société n'appartiendra singulièrement ni en propriété à personne. La propriété est détestable , et celui qui tentera de la rétablir sera renfermé pour toute sa vie comme un fou furieux, ennemi de Thumanité.

Art. 2. Chaque citoyen sera sustenté, entretenu et occupé aux dépens du public , etc. À cinq ans tous les enfants seront enlevés à la famille et élevés en commun , aux frais de l'Ëtat , d'une façon uniforme , etc. »

de vains titres consignés fastueusement dans une simple Déclaration , le pillage de quelques magasins à la porte desquels on pendrait les accapareurs, mettrait Qn aux malversations'. »

En lisant cette provocation au pillage et à l'assassinat, qu'auraient pensé ces grands esprits, ces nobles cœurs, adversaires purement théoriques de la propriété, qui rêvaient le communisme pour des sociétés idéales , et plaçaient leur république sur les rivages heureux de TAtlantide ou dans Tîle d'Utopie? Et qu'aurait pensé Jean-Jacques Rousseau lui-même, malgré Tindignation qui le faisait révolutionnaire, s'il avait entendu Babeuf devant la haute Cour de Vendôme, invoquant le Discours sur rinégaliti et la Réponse à Af . Bordes^ y pour justifier sa république des égaux, où nulle différence ne devait subsister que celle de Tàge et du sexe, qui devait proscrire tous les arts, passer son terrible niveau sur les actions et sur les pensées, et par haine de toute supériorité intellectuelle condamner les hommes à la barbarie : république farouche , dont tous les étrangers devaient être bannis, selon cette parole échappée à la misanthropie du maître : a Si j'étais chef de quelqu'un des peuples

1. Numéro du 25 février 1793. — Cf. Taudience du tribunal criminel extraordinaire du mercredi 24 avril 1793 (jugement de Marat), réimpression du Moniteur y t. XVI , p. 275.

2. Babeuf prétendit que toute sa doctrine était contenue dans les écrits de Mably , de Diderot ( le Code de la nature , de Morelly , attribué à Diderot )\ et de Jean-Jacques. Il cita surtout la iiéponse à M. Bordes y dont il fît une analyse complète. Haute Cour de justice de Vendôme , séance du 15 floréal an v (5 mai 1797 ).

de la Nigrilie , je déclare que je ferais élever sur la frontière du pays une potence , où je ferais pendre sans rémission le premier Européen qui oserait y pénétrer, et le premier citoyen qui tenterait d'en sortir. »

C*est quelquefois une terrible épreuve pour une théorie qu'un commencement d'exécution; et le communisme de Platon a été mieux réfuté par Babeuf que par Arislote.

•• De la Batare de la i^reprléié.

Nous avons eu aussi de nos jours des théoriciens, dont quelques-uns ont jeté un grand éclat et déployé un talent de premier ordre, et qui, à des degrés divers, ont attaqué la propriété. Les systèmes de Fourier et de Saint-Simon sont trop connus pour qu'il soit utile de les caractériser. Un des plus intelligents disciples deFourier, M. Victor Considérant, demanda un jour à l'Assemblée nationale, de la terre et de l'argent pour faire l'essai d'un phalanstère* : proposition inacceptable ; mais qui , si elle avait pu être réalisée, n'aurait pas manqué de tourner contre lui. Et quand même il aurait réussi , qu'aurait prouvé une exception? Ce que prouve contre la propriété un couvent de moines , c'est-à-dire, rien.

1. J. J. Rousseau, Réponse à M. Bordes, éd. MussetrPathay , t. I, p. 152.

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